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Les diplômés des grandes écoles en quête de sens

Ils sortent de Sciences Po, de Polytechnique ou de l’École centrale, et aspirent davantage à une vie qui a de l'impact et du sens plutôt qu'à un statut social et à un gros salaire. On peut suivre leur cheminement dans le documentaire "RUPTURES", réalisé par Arthur Gosset, jeune ingénieur en quête de cohérence dans un monde confronté à l'urgence climatique. Le film a reçu le prix "coup de cœur du jury" du Festival international du film écologique et social de Cannes 2021. Rencontre.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Arthur Gosset

Pendant un an, le jeune réalisateur Arthur Gosset a suivi le parcours de six jeunes étudiants de grandes écoles comme Polytechnique ou Sciences Po, qui ont choisi de vivre en adéquation avec leurs convictions écologiques. On découvre leurs décisions, parfois difficiles, leurs ruptures, souvent douloureuses, avec leurs parents qui ne comprennent pas pourquoi ils boudent les gros salaires et un statut social envié de tous. Une quête de sens partagée par Arthur Gosset. Sa sensibilité écologique est déjà forte lorsqu’il entre à l’École centrale de Nantes, une école d’ingénieurs où il s’empresse de créer l’association Together for earth pour éveiller les consciences des étudiants aux éco-gestes pour la planète.

En 2018, la sensibilité aux enjeux environnementaux d’Arthur Gosset tourne à l’éco-anxiété. Il prend conscience, à travers des lectures (des rapports du GIEC) et des conférences (de Pablo Servigne ou Jean-Marc Jancovici), de la gravité de la crise climatique. « Des connaissances qu’il faut aller chercher car elles ne sont pas enseignées dans les écoles d’ingénieurs« , regrette-t-il. Un an plus tard, il contribue avec son association à la rédaction du manifeste pour un réveil écologique, signé depuis par plus de 35 000 étudiants, dont des étudiants de grandes écoles. Ils y affirment ne plus vouloir travailler pour des entreprises qui participent, de par leurs activités, au dérèglement climatique et à l’effondrement du vivant.

Des aspirations différentes de leurs parents

Ce qui est frappant dans ce documentaire, c’est le décalage entre ces jeunes de 20 ans promis à un bel avenir et leurs parents. Arthur, mais aussi Aurélie, Maxime, Hélène, Emma ou Romain refusent les codes de la réussite prônés par la génération précédente. Ils veulent un job qui a du sens et de l’impact, et cherchent la cohérence avec leurs aspirations profondes plutôt qu’un statut social. Ils sont prêts à gagner moins d’argent, à ralentir, à ne plus prendre l’avion si cela va dans le sens de la planète. Leur positionnement crée parfois des ruptures avec leur famille. « On voit, dans le film, le désarroi d’un père qui ne comprend pas pourquoi sa fille, si brillante, choisit d’aller faire un stage dans une association. Pour lui, c’est un échec« , raconte Arthur Gosset.

Le jeune réalisateur filme d’ailleurs ses échanges (parfois houleux) avec ses propres parents. On y voit leur incompréhension face à son choix de ne plus prendre l’avion pour des raisons écologiques. Il assure cependant que, après la première diffusion du film, ses parents ont « avancé ». Ce documentaire illustre un choc entre deux mondes, un monde qui croit en la croissance infinie, en la puissance de la technologie et qui vit dans le déni d’un possible effondrement, et un monde conscient des dangers à venir, qui, face à l’inertie générale, est en quête de résilience et d’action.

Des projections dans les grandes écoles

Depuis la rentrée, le film est projeté dans les écoles d’ingénieurs, à la demande des associations étudiantes et parfois des enseignants, mais aussi en fac de médecine et en école d’agronomie. Peut-être le signe que les enjeux environnementaux sont pris au sérieux. Les échanges menés avec les futurs salariés témoignent d’un besoin de plus en plus fort de jouer un rôle dans la guérison de la planète. « Nous ne voulons plus de ces bullshitsjobs dans lesquels nous passons notre temps à créer des powerpoints pour des boîtes qui ne pensent qu’au profit et ne respectent ni le vivant, ni les humains « , précise Arthur Gosset.

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