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Connaissez-vous les chatons, le réseau des Amap du numérique ?

Et si, au lieu de stocker nos documents sur les data centers des géants du numérique, nous utilisions des services proposés par des citoyens ? C'est ce que propose une soixantaine d'associations un peu partout en France. Elles sont réunies au sein du collectif Chatons (Collectif des hébergeurs alternatifs, transparents, ouverts, neutres et solidaires).
Par Héloïse Leussier
Data center
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Hébergeur alternatif, transparent, ouvert, neutre et solidaire, kezako ?

Chaque association locale – ou chaton – propose un panel de services différents : boîte mail, stockage de données, outils de partage… Certains sont gratuits, d’autres payants. Mais tous doivent respecter certaines règles, notamment utiliser des logiciels libres, être transparents, ne pas exploiter les données des utilisateurs et organiser régulièrement des rencontres avec ces derniers – d’où l’intérêt d’être à proximité. « Comme dans une Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), il ne s’agit pas simplement d’être consommateur, il faut aussi être acteur, en prenant part à la vie de l’association », explique Angie Gaudion, coordinatrice du projet Chatons et chargée de communication pour l’association Framasoft. Cette asso promeut l’utilisation de logiciels sous licence libre comme alternatives aux services que proposent les Gafam (Google, Facebook, Amazon, Microsoft).

Où sont stockées les données ?

« Chaque chaton peut choisir de stocker les données sur ses propres serveurs ou de faire appel à des data centers externes. La seule obligation pour faire partie du collectif est que les données ne soient pas utilisées par l’entreprise qui gère le serveur », précise Angie Gaudion. Ainsi, ils ne peuvent pas faire appel à Amazon Web Services, qui utilise les données.

Quelques exemples

À Marseille, l’association Marsnet propose des services tels que la création et l’hébergement de boîtes mail, la création de documents collaboratifs (comme Google Docs), de sondages en ligne et de stockage de documents. Les données sont stockées sur les propres disques durs de l’association, localement. C’est ce qu’on appelle de l’auto-hébergement. À Paris, le mouvement Colibris propose des services similaires à ses membres, mais stocke les données via l’hébergeur Heztner, en Allemagne. En Haute-Saône, l’association Zaclys propose des services comme l’hébergement d’albums photos et l’envoi de fichiers volumineux. Les données sont stockées en France, chez l’entreprise OVH.

Est-ce que c’est plus écolo ?

« La circulation de l’information dans les réseaux demande de l’énergie. Plus un serveur est loin, plus il y a de consommation d’énergie. Mais certains systèmes d’auto-hébergement demandent parfois plus de puissance énergétique. Il est donc difficile de répondre clairement à cette question. C’est en tout cas un sujet sur lesquels les chatons travaillent collectivement, avec des débats très techniques », affirme Angie Gaudion. La carte des chatons est à retrouver ici.

RÉCUPÉRER LA CHALEUR DES DATA CENTERS : UNE IDÉE QUI FAIT SON CHEMIN

En France, l’entreprise de service d’efficacité énergétique Dalkia, spécialisée dans les énergies renouvelables ou alternatives, travaille sur des projets de « green data centers ». Avec sa filiale Dalkia Smart Building, elle développe des data centers moins consommateurs en énergie, utilisant des énergies comme le solaire, le « géocooling », c’est-à-dire le rafraîchissement des locaux grâce à l’énergie géothermale d’un sous-sol, ou encore le « free cooling », une méthode de refroidissement des serveurs qui s’appuie sur la différence entre l’air extérieur et l’air intérieur. « Cela nous permet de développer des data centers qui consomment en moyenne entre 20 et 30 % d’énergie en moins que les autres », affirme Arnaud Westrich, président de Dalkia Smart Building. Autre solution innovante : récupérer la chaleur* des data centers pour alimenter des bâtiments. Le premier projet de ce genre a été mis en place en 2013 à Val d’Europe, en Seine-et-Marne. Un data center permet d’y chauffer un quartier et une piscine. Depuis, Dalkia a développé plusieurs projets similaires un peu partout en France. « Dès lors qu’il y a des besoins en chauffage à proximité d’un data center, cette solution est pertinente », souligne Arnaud Westrich. En septembre 2019, l’entreprise inaugurera par ailleurs le data center le plus performant énergétiquement de France, à La Souterraine, dans la Creuse. * plus précisément la chaleur fatale c’est-à-dire la chaleur résiduelle générée par les serveurs.

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