Article

Comment des habitants ont créé un verger collectif dans leur ville

A l'heure où la crise du coronavirus a mis la question de l'autonomie alimentaire au coeur des débats, des citoyens n'ont pas attendu des décisions politiques pour agir. A Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans les Yvelines, des habitants ont créé un verger collectif pour tisser du lien entre les générations et fournir des fruits à tous.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Charlotte Noelle

« Notre verger compte aujourd’hui 200 variétés d’arbres fruitiers. On y fait pousser des pommes, des poires, des pêches, et même des kiwis« , lance avec fierté Hervé Mauclère, fondateur de l’association Yvette Vallée en Transition. Il y a quatre ans, il a lancé avec quelques habitants l’idée d’un verger partagé sur les terres de sa commune de 9 000 habitants, Saint-Rémy-lès-Chevreuse, située à 30 km au sud de Paris.

Il espère produire plusieurs tonnes de fruits par an pour la consommation locale des habitants d’ici 10 ans. Le terrain municipal de 5 000 mètres carrés aujourd’hui, où ont été plantés près de 300 arbres fruitiers, accueillent, deux fois par semaine, des personnes de tous les âges qui partagent ici des connaissances et des savoir-faire. C’est un lieu intergénérationnel on l’on vient apprendre à mettre les mains dans la terre, tailler et former les fruitiers.

Les enfants des écoles, les retraités, les jeunes adultes s’y côtoient pour renouer avec « une longue tradition oubliée« , explique Hervé, architecte des bâtiments de France à la retraite, qui s’est formé au Potager du roi à Versailles. Ce jardin classé monument historique, créé par Louis XIV, perpétue les savoir-faire des jardins et vergers à la française. Pour nourrir la population locale tout en créant du lien social, le verger associatif était la meilleure solution.

« Il faut agir et les élus suivront »

La philosophie de Hervé consiste à ne pas attendre que tous « les feux verts soient allumés pour commencer un projet« . Il avoue que, pour ce verger, il n’a pas hésité à planter ses arbres sur le terrain disponible, avant de signer une convention avec la municipalité et de mobiliser autour du projet. Il souhaite aujourd’hui utiliser des bacs de terre disponibles en centre-ville afin d’ y planter des tomates. Le maire de la commune Dominique Bavoil a décidé de mettre a disposition des bacs dans chaque quartier pour « créer du lien social entre les générations« .

Vers un projet de potager collectif

 » A terme, on aimerait créer des potagers collectifs« , précise Estelle Brattesani, jeune maman et vidéaste engagée dans l’écologie installée dans la commune, qui a eu un déclic pendant le confinement. « La question de l’autonomie alimentaire me préoccupait déjà depuis longtemps, mais avec la crise sanitaire, je me suis dit qu’il était temps d’agir. Je vise depuis le départ un grand rassemblement des habitants, élus, associations et paysans autour de cet objectif crucial à mes yeux pour notre sécurité alimentaire à venir. » Grâce à un groupe Whatsapp d’habitants, l’idée a fait le tour de la commune, et a mobilisé une cinquantaine de citoyens, prêts à participer à l’aventure. Le premier défi a consisté à trouver des terrains.

La ville est située en plein cœur du parc régional de la Chevreuse, et il y a des espaces à préserver non-cultivables. Mais il y a des possibilités à déterminer avec la mairie et des particuliers afin qu’un maximum de parcelles soit utilisé. Une personne privée a déjà proposé aux habitants un premier terrain d’une centaine de mètres carrés pour que les personnes puissent cultiver et créer du lien avec des personnes victimes de violence familiales. Un premier projet à la fois écolo et solidaire se profile donc. Le projet commence à peine, mais il témoigne qu’avec de l’entraide et un peu de volonté, rien n’est impossible.

Vous souhaitez en savoir plus sur la vie en autonomie ? Découvrez notre dossier sur le sujet dans le numéro d’été de notre magazine  MOUVEMENT UP.