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Alexandre Jost : « il y a aujourd’hui la possibilité d’un changement radical de société »

Alexandre Jost, fondateur du think tank « La fabrique Spinoza» , défend l’idée d’un « bonheur citoyen ». Education, démocratie, alimentation, solidarité… Il partage avec nous les idées qu’il souhaiterait voir émerger dans le débat public à l’issue de la crise sanitaire, pour construire une société plus harmonieuse.  Entretien.
Par Sandra Coutoux
Alexandre Jost la fabrique Spinoza
picto_1 crédit : DetaIL Photo

« démocratie ouverte, éducation, égalité entre les hommes et les femmes »

Quelle est la vocation de la Fabrique Spinoza ?

J’ai fondé ce laboratoire d’idées avec l’envie de faire du bonheur citoyen un sujet vertueux et inspirant. D’abord, parce que la notion du bonheur donne de l’énergie, et est une poursuite positive à l’échelle d’une société. Par exemple, une démocratie où les citoyens se sentent heureux fonctionne mieux. L’idée est de faire du bonheur citoyen un objet au cœur de la société. Pour cela, nous réalisons des études pour inspirer les décideurs et nous accompagnons les organisations vers plus d’épanouissement. Nous avons également créé une communauté de bénévoles « les passeurs de bonheur » qui se rassemble et agit sur les territoires.

Quelle est votre définition du « bonheur citoyen » ?

Le bonheur s’exprime par la joie, et un sentiment de réussite lorsque les objectifs que nous nous sommes fixés sont atteints. Les ingrédients du bonheur citoyen sont multiples et reposent notamment sur une démocratie ouverte, une éducation qui construit des individus engagés, solidaires, l’exercice d’un métier utile qui a du sens, et sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Cette notion de bonheur citoyen nous semble important au moment où nous préparons le monde d’après, que nous souhaitons plus juste, plus joyeux et plus verdoyant. Il y a actuellement la possibilité d’un changement radical de société, inspirée par le bonheur citoyen.

Les citoyens devraient pouvoir donner leur avis tout au long du mandat présidentiel de manière plus collaborative, sur de grands enjeux en cours.

Comment répondre à la crise économique qui s’annonce ?

Il nous semble nécessaire de créer de l’emploi au service de la planète et dans les secteurs du « soin » et de la connaissance. Energies vertes, agriculture en circuit-court, services à la personne, culture … Les emplois de demain doivent répondre aux besoins réels et soutenables des citoyens. Les entreprises ont un rôle à jouer dans cette évolution. Leur responsabilité sociale et environnemental doit être évaluée. Nous sommes mûrs pour moduler les taxes sur ces critères ? Il nous faut enfin développer des mécanismes (fiscalité, éducation, filières, réputation, entreprises à mission) pour que les métiers soient valorisés financièrement à la mesure de leur utilité sociale.

Quelles sont vos propositions pour créer les fondations d’une société plus heureuse ?

Sur le plan économique, il nous semble important de créer de nouveaux indicateurs qui intègrent le progrès social et le bien-être environnemental. La croissance du PIB ne peut plus est notre seul repère. La crise sanitaire a démontré que la rigueur budgétaire en matière de santé était une erreur. L’autre champ important est la démocratie. Les citoyens devraient pouvoir donner leur avis tout au long du mandat présidentiel de manière plus collaborative, sur de grands enjeux en cours. Une « citizen box » permettrait cela.  La fraternité est également une ressource clé. Pourquoi ne pas structurer les élans de générosité qui émergent de la société civile et faire du développement d’initiatives citoyennes locales un pilier de notre société ? Enfin sur le plan de l’éducation, il est nécessaire d’encourager l’apprentissage sur la base de la coopération et de l’expérience directe : ainsi la fraternité, la collaboration, l’écologie, l’intelligence émotionnelle seraient ancrés intellectuellement, mais aussi émotionnellement et corporellement, donc plus durablement.

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