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Valérie Cabanes : le choix de la consommation permet de ne pas alimenter le système

Lorsque nous rencontrons Valérie Cabanes, juriste en droit international, une proposition de loi portant sur la reconnaissance des crimes d’écocide est débattue à l’Assemblée nationale. Comment faire en sorte que ce projet, indispensable à ses yeux, aboutisse ?
Par La rédaction

Valérie Cabanes, vous œuvrez sur plusieurs fronts, à l’échelle nationale et internationale, pour parvenir à la reconnaissance du crime d’écocide et de droit de la nature…

Oui, j’agis sur les deux fronts en même temps. Par exemple, depuis 2016, la Cour pénale internationale commence à s’emparer de la crise écologique. La Cour et le bureau de la procureur ont récemment réitéré leur volonté, même si non écrite dans le Traité de Rome, de se saisir de cas de destruction environnementale majeure, de cas de déplacement forcé de population en lien avec la privation de ressources naturelles, et de les interpréter comme crimes contre l’humanité. La notion d’écocide occupe régulièrement le débat politique. Maintenant, des amendements doivent être portés par les États, c’est un des enjeux.

Quelles actions menez-vous actuellement pour la mobilisation citoyenne ?

Nous essayons d’orchestrer une mobilisation citoyenne qui va au-delà de la simple pétition. Je suis présidente d’honneur de l’association Notre affaire à tous. Nous avons mené un recours contre l’État avec le soutien des citoyens via l’Affaire du siècle.

Nous avons aussi créé un nouveau projet : Superlocal. Cette plateforme permet de mettre en avant les luttes locales, via une cartographie qui répertorie les différents projets menaçant les territoires sur le plan industriel, et sur laquelle se superpose une carte de groupes de lutte déjà constitués. Nous souhaitons, avec cet outil, apporter des compétences pour les accompagner dans leur organisation, l’accès juridique, la mobilisation par la communication. Nous avons eu le soutien de la chaîne YouTube Partagez c’est sympa pour la diffusion de nos actions.

L’Affaire du siècle portait sur la justice climatique, Superlocal sur la préservation de la biodiversité. Nous essayons progressivement de porter d‘une vision écosystémique des problèmes, et donc, d’aller chercher des solutions écosystémiques qui pourraient se retranscrire dans le droit, par la reconnaissance du droit de la nature, du crime d’écocide, et en reconnaissant les limites planétaires comme des normes. Ces dernières serviraient de cadre à l’économie industrielle.

 Dans notre quotidien, quel peut être notre engagement citoyen ?  

Les premières choses qui me viennent sont de consommer local et bio, de lutter contre les pertes énergétiques du logement, faire le tri de ses déchets, d’utiliser le plus possible la mobilité douce.

Ce qui apparaît aussi, dans mes échanges avec les citoyens, est la levée de l’impunité des multinationales. Comment les cadrer paraît essentiel. La première action à mener est d’arrêter de donner de l’argent aux multinationales, et donc, arrêter de consommer des produits manufacturés.

Il en va de même pour les énergies fossiles. Si l’on veut lutter contre l’exploitation des énergies fossiles, il faut être en position d’en avoir de moins en moins besoin en consommant de moins en moins de produits agricoles issus de monocultures extensives ; utiliser les transports les plus propres possibles et tenter de lutter contre la plasturgie avant qu’il y ait des normes qui viennent cadrer des activités.

En attendant que le système respecte enfin l’environnement et l’avenir des générations futures, nous avons le pouvoir d’agir en tant que consommateur.

Actu express :

  • Valérie Cabanes demande l’inscription des limites planétaires dans l’article 1 de la constitution française.
  • Elle prépare une pétition franco-française sur les crimes d’écocide pour montrer l’intérêt des citoyens sur ce sujet.
  • Sur le plan international, elle intervient à La Haye, en marge de l’Assemblée générale des États partis à la Cour pénale internationale.