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Un voilier-cargo pour décarboner le fret maritime

Face aux désastres écologiques engendrés par le fret maritime, les deux acteurs français Towt et Piriou s’associent pour sortir de mer un voilier-cargo décarboné, pouvant acheminer près de 20 000 tonnes de marchandises par an.
Par Geoffrey Chapelle
Voilier-cargo de Towt
picto_1 Crédit : TOWT - Piriou

Aujourd’hui, le transport maritime de marchandises est responsable de 3 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone, selon l’Organisation maritime internationale.

Face à ce constat, la compagnie maritime Towt et le chantier naval Piriou ont décidé de s’associer pour construire un voilier-cargo écologique, d’ici l’été 2023, qui émettra jusqu’à 90 % d’émissions de CO2 de moins qu’un navire de marchandises actuel.

« Le vent, au large, lui, n’a guère changé »

Long de 81 mètres, et pouvant transporter jusqu’à 1 100 tonnes de marchandises, ce navire Towt sera conçu pour être propulsé principalement à l’aide du vent, comme l’étaient autrefois les navires marchands.

Un retour en arrière, mais avec les technologies d’aujourd’hui, comme nous l’explique Guillaume Le Grand, président et cofondateur de Towt : « Depuis environ un siècle, on n’a pas construit de navires de transport à voile de cette taille-là. Un siècle d’évolution en termes de technique, il va sans dire que tout, ou presque, a changé. Nous allons faire émerger le meilleur des deux : les technologies de ce siècle pour relever le défi climatique et ce que nous savons que d’autres, bien avant nous, ont ouvert des routes sur lesquelles les vents vont continuer de nous porter. Le vent, au large, lui, n’a guère changé. Il peut permettre de déplacer efficacement des quantités importantes de marchandises en tant que moyen propulsif principal. »

Moins de collisions avec les mammifères et moins de pollution sonore

Concernant la vitesse, fort de ses 2 500 m2 de voile, le voilier-cargo pourra atteindre les  16 nœuds (30km/h), soit la vitesse de certains navires de marchandises fonctionnant au fuel lourd aujourd’hui (les plus récents naviguent à près de 50km/h environ). Ce qui lui permettra d’effectuer des transatlantiques en 14 jours. Cette vitesse réduite, selon ses concepteurs, permettra également de limiter les risques de collision avec les mammifères marins. Enfin, du fait de sa propulsion quasi silencieuse, le voilier-cargo n’impactera pas davantage les écosystèmes marins en matière de pollution sonore.

Towt, déjà pionnier en la matière

Depuis sa création en 2011, Towt a pour objectif de décarboner le transport maritime. Après avoir affrété les premiers voiliers de travail, qui ont permis jusqu’ici d’acheminer près de 2 000 tonnes de marchandises à travers le globe, la compagnie maritime a lancé le label Andemos en 2017, pour renforcer la transparence et l’éthique du transport à la voile. Un produit labellisé Andemos permet au consommateur de connaître le chemin parcouru par son produit, le navire qui l’a transporté, son journal de bord ainsi que l’empreinte carbone associée.

Towt n’entend pas s’arrêter à la construction d’un seul voilier-cargo, et espère en affréter quatre d’ici 2026.

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