fbpx
Article

Un dessinateur raconte son aventure avec Sea Shepherd dans une BD

L'auteur Guillaume Mazurage a accompagné en 2018 pendant plusieurs jours un équipage de Sea Shepherd. Il raconte son incroyable aventure dans un album de bande dessinée. Direction : les eaux turquoises de la mer de Cortes, au large du Mexique, à la rescousse des espèces en grand danger.
Par Philippe Lesaffre
Sea Shepherd en bande dessinée
picto_1 Crédit : Hachette

On a échangé avec le dessinateur, peu après la sortie de sa BD, chez Hachette. Pour MOUVEMENT UP, il revient sur son incroyable odyssée, lui le passionné de plongée, sensible à la cause des océans. Tout démarre avec un tête-à-tête avec le capitaine Paul Watson.

 

Comment l’idée vous est venue de partir en reportage avec un équipage de Sea Shepherd ?

Je suis passionné de voyages. Je pars souvent entre amis avec un sac à dos et j’y vois un peu l’influence des Bob Morane, Spirou et Fantasio et autres aventures que je lisais durant mon adolescence. Mais l’idée de suivre les aventures de Sea Shepherd, je la dois à mon mentor Pierre Christin, un auteur et scénariste qui m’a beaucoup appris ces deux dernières années. Au début, il me disait : « Pour faire ce job, il faut faire 4 à 5 dessins par jour minimum, c’est un rythme à prendre. » Un jour, je lui ai soumis quelques planches en guise d’exercice sur lesquelles j’avais adapté l’histoire de Moby Dick. Il m’a alors invité à changer de direction, et à suivre plutôt l’actualité, et, si je voulais rester dans le domaine des chasseurs de baleines, de toquer à la porte de Paul Watson, par exemple.

J’ai contacté l’ONG par les moyens du bord, en expliquant que j’étais plongeur depuis de nombreuses années, que je soutenais leur action, que le monde de la mer était une passion et que je souhaitais me rapprocher de leurs activités en faisant une bande dessinée sur le sujet. Elle a accepté et j’ai pris un billet d’avion pour aller rencontrer Paul Watson à Los Angeles.

Il a un côté professeur maîtrisant très bien son sujet.

Et comment vous a-t-il accueilli ?

Je m’attendais à être impressionné. Je l’étais. Je m’attendais aussi à perdre mes moyens, mais cela ne s’est pas produit car il m’a mis tout de suite à l’aise.
Il m’a accueilli aimablement dans une cabine et s’est tout de suite intéressé à mon histoire. Il était content qu’on lui propose ce type de littérature car il aime bien la bande dessinée et a beaucoup d’affection pour la France. Paul Watson m’a raconté qu’il avait fait quelque chose avec le plongeur et auteur de BD Dominique Sérafini, qui était connu pour avoir travaillé avec l’équipe Cousteau, mais que, depuis, il n’avait plus pensé à ouvrir ses portes pour ce type de reportage dessiné.

 

Comment l’avez-vous trouvé ?

Il est comme à la télé, comme on le voit dans les documentaires sur lui. Il en a vu beaucoup, on sent qu’il a souvent répété les mêmes paroles. Il a un côté professeur maîtrisant très bien son sujet et simplifiant au maximum, afin de vulgariser. Il va droit au but, il est très carré, courtois, calme, posé. Même s’il faut se méfier de l’eau qui dort (Rires).

 

Comment a-t-il trouvé votre album ?

Paul Watson a suivi chaque étape du processus de fabrication de la BD. Je voulais raconter la vérité, mais que cela lui plaise également. Je ne voulais pas écrire de la propagande, mais je ne souhaitais pas réaliser un album dans son dos non plus. Car j’avais déjà l’envie folle d’en faire une série. Il m’a dit qu’il avait une quinzaine de navires dans le monde, avec à chaque fois une mission particulière, au large de l’Afrique ou de l’Australie. Il m’a dit que c’était d’autant d’occasions de raconter une histoire. Donc, si cette BD marche, il ne voit aucun inconvénient à m’ouvrir les portes des bateaux et à poursuivre l’aventure. Depuis, on est restés en contact et il y aura déjà une version anglaise de la bande dessinée.

Contraste entre notre vie de citadin et l’univers écolo engagé.

Quels souvenirs gardez-vous de votre voyage ?

C’était intense et rapide. Il m’a fallu un temps d’adaptation, car c’est à des années-lumière que ce que je vis à Paris. Ce sont des gens qui se mettent en danger, et on ne peut pas  s’imaginer leur quotidien sans le vivre vraiment.

Je peux citer un moment assez fort : une descente de militaires qui m’a bien marqué. Ce n’est pas raconté dans l’album car Il aurait fallu un autre chapitre et il n’y avait pas la place. C’est assez frustrant de ne pas pouvoir tout aborder, mais c’est ainsi. Dans la BD, je raconte – et c’est vrai – qu’un ouragan nous a forcés de nous rendre à San Felipe, au Mexique. On était sur un port, d’où partent les braconniers. À cet endroit, il n’y a pas d’actions possibles de Sea Shepherd, en raison de la neutralité à respecter. Tout le monde se voit, certains braconniers se cachent à peine. Et puis, un jour, débarquent des militaires armés jusqu’aux dents, pour embarquer les braconniers (cela me faisait un peu penser à Tintin et les Picaros). Nous n’avions pas le droit de filmer ou de prendre des photos de l’arrestation, mais c’était vraiment très impressionnant.

 

Tout ce qui raconté s’est bien déroulé ?

J’avais un calepin tel un reporter. Je notais ce que je vivais, les dialogues, les scènes, l’ambiance générale. Mais, en tant que petit citadin fraîchement débarqué, j’étais inexpérimenté et il m’arrivait de faire quelques gaffes que j’ai gardées dans l’histoire, pour mettre en avant le contraste entre notre vie de citadin et l’univers écolo engagé.
Toujours est-il que tout ce que j’ai dessiné s’est réellement passé, bien que parfois je me sois autorisé quelques mises en scène. Par exemple, il y a ce moment du dîner de tout l’équipage. Je l’ai imaginé… mais c’est une recomposition de scènes vécues, un mix de plusieurs scènes passées ensemble dans les cuisines. En outre, j’ai mis en scène une course-poursuite entre Sea Shepherd et les braconniers qui s’est bien déroulée, mais avant mon arrivée. Il était, selon moi, important de la raconter.

Ils m'ont ouvert les yeux.

Est-ce que le voyage et vos rencontres ont changé votre regard sur l’océan ?

À mon petit niveau, j’étais déjà engagé. Je plonge et, quand je vois des déchets plastiques, je les ramasse systématiquement, car je sais qu’il seront ingurgités par les espèces animales marines. Mais ce n’est pas grand-chose.

Néanmoins, les membres de l’équipage m’ont ouvert davantage les yeux et permis de comprendre que la situation était vraiment catastrophique. La région des Galápagos est une région hyper protégée. C’est comme un aquarium à ciel ouvert avec des milliers d’espèces et quand vous y êtes, vous avez cette impression que ce bassin grouille de vie. Or, d’autres zones sont malheureusement en mauvais état, la faune est bien abimée, les déchets flottent à la surface de l’eau… Je pense à la Grande barrière de corail qui se meurt au large de l’Australie ou à la mer Cortés (le Golfe de Californie, au large du Mexique). Cela fend le cœur. C’est irritant, car en creusant, on se rend compte de l’ampleur des problèmes.

 

Alors, à quand la suite de vos aventures ?

Pour l’instant, rien de sûr, on verra. Ce que je peux vous dire, c’est que je serais partant, Sea Shepherd et Hachette aussi, je pense. Mais rien n’est fait. Pour l’heure, la BD est bien accueillie. J’ai eu des retours positifs, même sur les blagues les plus potaches et anodines. Cela fait plaisir.

Ce qui pourrait vous intéresser

Article -
Par Philippe Lesaffre

Paul Watson : "Si l'océan meurt, l'humanité meurt avec lui"

Cela fait quatre décennies que Paul Watson défend les océans. En ligne de mire : les pratiques peu durables des pêcheurs industriels et des braconniers d’espèces protégées. Nous avons échangé avec ce militant antispéciste canadien, considéré par ses détracteurs comme un pirate aux actions violentes.

Écologie
Article -
Par Sandra Coutoux

"L’océan est le premier poumon de la planète après les forêts"

SORTIE DU MAG - Le réchauffement climatique menace l'océan, un élément pourtant essentiel de la vie sur notre planète bleue.

Écologie
Article -
Par Philippe Lesaffre

"Arctique", une fable futuriste et écolo

SUR LES PLANCHES - Anne-Cécile Vandalem sensibilise avec sa pièce Arctique sur l’exploitation minière du Groenland, victime du réchauffement climatique.

Écologie