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Préserver le vaisseau spatial Terre

Inventeur, architecte, designer, futurologue… Richard Buckminster Fuller est surtout une idole du milieu tech américain. Pionnier d’une écologie qui mêle innovations et préservation des ressources, il inspire encore un monde scientifique qui veut « faire plus avec moins ».
Par Antonin Padovani
Richard Buscminster Fuller

« Nous vivons tous sur une seule grande île entourée d’un immense océan. C’est notre unique vaisseau pour naviguer dans l’espace : notre vaisseau spatial Terre ! » Dans son Manuel d’instruction pour le vaisseau spatial Terre (1969), Buckminster Fuller introduit au monde le concept qui fera sa renommée : nous partageons un même vaisseau qu’il s’agit de préserver. Né en 1895, vétéran de la Première Guerre mondiale, Richard Buckminster Fuller mène un parcours d’ingénieur semé d’embûches, mais qui laisse libre court à son sens de l’invention. C’est en 1948 et 1949, lors de deux séjours au Black Mountain College (institution dédiée aux avant-gardes) qu’il développe les projets qui feront sa renommée. Le dôme géodésique et la maison Dymaxion notamment, modèles d’habitat à la conception simple et peu coûteuse, conçus comme une réponse aux problèmes de logement d’après-guerre.

Le World Game, ou la science à l’usage du bien commun

La production simple et massive de produits durables, coeur du less is more (faire plus avec moins) cher à Buckminster Fuller, restera au stade d’expérimentation. Cette veine expérimentale le mènera toutefois au développement du World Game en 1965. Version pacifiée des simulateurs virtuels de conflits imaginés durant la guerre froide, ce jeu fait naître une pratique où scientifiques et ordinateurs de calcul s’allient pour répondre aux grands défis de l’humanité.

En 1972, la session Energy, Earth and Everyone doit répondre à la question qui obsède Buckminster Fuller : « Comment transporter de l’énergie d’un point à un autre de manière à s’aider les uns les autres ? » Dès lors sont posées les bases d’un système de coopération énergétique mondial. Le calcul en temps réel, par un réseau informatique global, des ressources nécessaires au bien-être de l’humanité permettrait de mieux les répartir. Son bilan final suggère même que « 100 % de l’humanité pourrait être pourvue d’une alimentation d’énergie propre et renouvelable pour satisfaire à tous ses besoins ! »

Un impact relatif, mais une pensée vivante

L’impact réel des travaux de Buckminster Fuller reste toutefois bien relatif. Génie porteur d’une pensée utopiste, son approche de la science est même considérée comme autoritaire. Dans certains écrits, il suggère que la vérité scientifique se substitue au politique, et par extension à la démocratie. Un discours qui influence encore de nos jours les cadors de la Silicon Valley, où la technologie espère répondre à chaque problème sociétal ou environnemental. La contribution de Buckminster à la pensée écologiste n’en reste pas moins importante, dans sa volonté d’imaginer des systèmes optimisant la gestion et la répartition des ressources naturelles. Sa métaphore phare symbolise d’ailleurs sincèrement nos combats à venir : « [ Le vaisseau spatial Terre ] possède les ressources suffisantes pour prendre soin de 100 % de l’humanité, mais il faut le piloter avec soin ! »

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