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“Prendre conscience des aspects positifs de notre quotidien améliore notre état de santé mentale”

Stress, anxiété, peur du lendemain, ce nouveau confinement nourrit nos angoisses et c’est bien normal. La bonne nouvelle, c’est que nous avons les compétences pour y faire face. Comme nous l’explique la psychologue Rebecca Shankland, maître de conférences à l’université Grenoble-Alpes, spécialiste des compétences socio-émotionnelles et coauteure, avec Christophe André, de Ces liens qui nous font vivre.
Par Sandra Coutoux
Rebecca Shankland
picto_1 Crédit : UGA_Thierry Morturier

“Prendre soin des relations a repris une place au cœur de nos vies”

Quels outils, conseils, idées, inspirées de la psychologie positive peuvent nous aider à garder le cap, quand le moral baisse ?

La psychologie positive est l’étude des conditions et des déterminants du bien-être et de l’adaptation. Les pratiques inspirées de ces recherches s’avèrent donc particulièrement utiles pour faire face à la période actuelle à tous niveaux : en famille, à l’école, au travail. Les recherches en psychologie et en neurosciences ont mis en évidence l’augmentation de ce qu’on appelle le biais de négativité lorsqu’on a le moral en baisse ou que l’on est stressé. Nous avons en effet tendance à orienter l’attention en priorité vers ce qui ne va pas, ce qui est anxiogène ou qui nous dérange, et à retenir cela en mémoire davantage que les aspects satisfaisants du quotidien. Nous ressassons ces aspects difficiles, ce qui augmentent l’anxiété et les émotions difficiles, laissant une plus grande place encore au biais de négativité.

Les pratiques de psychologie positive utilisées dans le cadre des recherches nous aident à percevoir davantage les aspects positifs de notre existence : dans nos relations, dans nos activités, dans les compétences que nous parvenons à mobiliser pour faire face à la situation sanitaire. Prendre conscience des aspects positifs de notre quotidien améliore notre état de santé mentale, notre vitalité et le degré d’optimisme. Cette attitude qui nous aide à ne pas baisser les bras même lorsque les conditions sont rudes.

Attentats, crises économique et sanitaire créent de nombreuses tensions… Comment y faire face ?

En effet, nous sommes en pleine période d’incertitude, et l’incertitude augmente l’anxiété. Or l’anxiété a tendance à réduire notre capacité à prendre du recul, changer de perspective sur la situation, comprendre la façon dont les autres considèrent les choses. En étant sous pression, nous avons moins de compétences sociales, de capacité d’écoute ou d’empathie. Cela complique les relations et engendre des tensions, du repli sur soi. Par exemple, des tensions se sont cristallisées autour du port du masque pour les enfants. De nombreux parents ont été très inquiets et heurtés par cette consigne sanitaire et des tensions sociales se sont développées en raison des craintes des parents pour leurs enfants. Comment éviter de générer des tensions non nécessaires ? En cultivant nos compétences socio-émotionnelles.

La gestion du stress et des émotions, ou encore l’intelligence sociale (écoute, empathie, coopération), peuvent être développées tout au long de la vie. Nous avons ainsi mis à disposition des familles, des enseignants et des professionnels de la petite enfance des outils en libre accès sur des sites Internet dédiés : enfance-et-covid.org et covidailes.fr. Les kits de développement des compétences socio-émotionnelles ont été téléchargés à plus de 15 000 exemplaires pour préparer le retour post-confinement. De nombreux parents et professionnels se sont saisis de ces outils pour eux-mêmes et pour les enfants.

Quel est, selon vous, l’enseignement principal que peut tirer l’humanité de cette épreuve collective ?

Il y en a certainement beaucoup ! Tout d’abord, la prise de conscience qu’il est possible de changer nos comportements. Des réseaux de solidarité dans les villages et les quartiers ont perduré, par exemple, même après la fin du premier confinement, et ont permis de tisser des liens de proximité. Enfin, certainement ce qui a été le plus frappant dès le début du premier confinement, c’est la prise de conscience de la valeur de la relation humaine, même avec un inconnu : un voisin, un commerçant, un passant, le simple fait de pouvoir parler à une personne en face-à-face était devenu un moment important, valorisé, dont il s’agissait de prendre soin. Lorsque l’on demande « ça va ? », ce n’est plus une formule automatique, on cherche vraiment à savoir comment l’autre s’en sort avec cette situation, comment est son état de santé, comment vont ses proches, comment il arrive à gérer ses activités. Prendre soin des relations a repris une place au cœur de nos vies.

A lire : Ces liens qui nous font vivre, de Rebecca Shankland et Christophe André. Éditions Odile Jacob.

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