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Peut-on vivre sans se toucher ?

Gestes barrières, distanciation physique... Depuis un an, une poignée de main ou une bise sont réfrénées à cause du coronavirus... Une situation qui met notre humanité à rude épreuve... Peut-on vivre sans toucher ou être touché ? Réponse avec Eve Berger, coache, experte de la place du corps dans les interactions humaines et autrice de "Retrouver l'intelligence du corps", publié aux éditions Interéditions (Dunod).
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Phix Nguyen / Unsplash

“La perte de lien physique, c’est une perte de lien à l’autre”

Quel est l’impact de la distanciation physique sur nos vies ?

La distanciation physique n’a pas les mêmes conséquences en fonction des individus et de leurs situations. L’impact de l’absence de contact physique imposée par les gestes barrières n’est pas le même si vous vivez seul, en famille ou si vous êtes une personne âgée en Ehpad. La distanciation sociale révèle également les inégalités sociales. Il y a des personnes qui ont les moyens d’aller s’offrir un massage chaque semaine, et d’autres personnes qui n’ont eu aucun contact physique depuis des mois, aucune poignée de main, aucun câlin.

Quelle est l’importance du contact physique dans notre équilibre psychique ?

Le contact physique est essentiel. Un nouveau-né à qui n’est pas porté et touché ne peut pas se développer correctement et peut même mourir. L’enfant explore le monde à travers le sens du toucher, être touché lui permet aussi  de se sentir exister.  La perte de lien physique, c’est une perte de lien à l’autre. Sans contact physique, sans toucher, nous sommes confrontés au vide et perdons le contact avec notre vitalité. Le toucher crée une intimité, une profondeur et pas seulement dans la sexualité. La privation de contact physique peut aggraver un psychisme déjà fragile et renforcer la dépression ou l’anxiété.

Une poignée de main, un baiser, un câlin ne sont pas des gestes anodins…

Ces gestes nous permettent d’échanger des informations. Privés de ces échanges, notre monde se rétrécit, s’appauvrit, la vitalité en nous s’amenuise.  Toucher, c’est être touché, c’est le sens de la relation, de la présence à soi et à l’autre.  Passé le choc de la sidération imposé par la crise sanitaire, nous sommes aujourd’hui confrontés à l’épuisement de nos ressources intérieures. Nous portons des masques, et cela nous demande deux fois plus d’efforts de sourire avec les yeux pour faire passer des messages.

Quelles pistes pour réinvestir notre corps malgré la distanciation physique ?

Nous sommes invités à habiter nos corps autrement. Nous avons besoin de nous rééduquer à notre propre présence. Cela peut passer par la méditation, le mouvement, le contact avec la nature, le vivant dans son ensemble. Éduquer à la présence corporelle, c’est éduquer au lien à soi et à l’autre. J’espère que cette privation de contact va mettre la lumière sur l’importance de ce lien. Nous malmenons notre corps depuis des décennies dans notre culture, nous l’avons assimilé à une machine que l’on répare et que l’on repose lorsque c’est nécessaire. Le corps est le siège de notre élan vital et il a beaucoup de choses à nous apprendre. Devenir citoyens de nos corps peut faire de nous des citoyens différents, capables de s’inspirer du vivant pour créer de nouveaux modèles de relations.

 

À lire : Retrouver l’intelligence du corps d’Eve Berger, Interéditions (Dunod).

Pour aller plus loin, par ici.

 

 

 

 

 

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