Article

Pourquoi la santé mentale des jeunes doit être une priorité

Le Dr Bertrand Lièvre est psychiatre responsable d’une unité mobile de psychiatrie et exerce dans les hôpitaux du Val-de-Marne. Alors que l'état de santé mentale des étudiants reste préoccupant, un an après la crise sanitaire, il espère que citoyens et élus politiques ont enfin pris la mesure de l'importance de la prévention pour renforcer nos ressources face aux crises. Entretien.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Justin Paget / Getty Images.

“La crise sanitaire frappe les plus vulnérables, nos patients mais aussi les plus précaires et les jeunes”

Un an après le début de la pandémie, quel est le bilan de la santé mentale des jeunes ?

Tous les indicateurs sont en alerte. Globalement, on observe une évolution préoccupante de la santé mentale de tous les Français. Un sondage, réalisé en décembre 2020 sur un échantillon de 1 300 Français représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus, indiquait que 48 % des Français présentaient des troubles anxieux et 50 % des symptômes dépressifs plus ou moins graves. La question de la santé mentale des jeunes est cruciale car les jeunes de moins de 25 ans sont particulièrement touchés par l’inflation des troubles de santé mentale. Une étude réalisée par la Fondation FondaMental et l’IPSOS indique que près d’1 jeune adulte sur 3 souffre de problèmes de santé mentale, soit 11 points de plus par rapport à l’ensemble de la population. Les troubles anxio-dépressifs, et les idées suicidaires concernent davantage les jeunes femmes, les étudiants en insécurité financière, ceux qui vivent seuls, et ceux qui ont été en contact avec des personnes atteintes de la COVID, selon une autre étude réalisée par l’Université de Lorraine sur 8 000 étudiants en 2020.

Que nous dit ce constat de l’état de notre société ?

C’est une période extrêmement éprouvante pour tous, individuellement et collectivement, et ce, en raison de multiples facteurs de stress : la peur de tomber malade et d’exposer ses proches, l’isolement social, mais aussi de multiples stress financiers, les contraintes quotidiennes et l’usure émotionnelle liée au marathon de cette pandémie. Elle révèle la fragilité de notre organisation sociale, économique et politique. La crise sanitaire frappe les plus vulnérables, nos patients mais aussi les plus précaires et les jeunes. Mais pourquoi retrouve-ton des taux d’incidence de troubles psychiques spécifiques aux jeunes et étudiants ? Pour certains jeunes, l’absence d’une présence, d’un regard est vécue comme un effondrement psychique. Les angoisses sont intenses, car le “moi” perd toute consistance. Les étudiants sont sûrement plus touchés car les personnes vulnérables plus avancées en âge ont construit des défenses dans la construction d’un couple, d’une famille avec enfants.

Quelles sont les solutions à mettre en œuvre pour soulager la souffrance des étudiants et mieux les accompagner, en particulier à l’approche des examens ?

Cette crise sanitaire doit nous amener à développer une vision globale de la santé mentale qui intègre la prévention et prend soin de nos ressources psychologiques. La société civile et les élus prennent aujourd’hui conscience de l’importance de la santé mentale. Dans un avenir proche, on peut espérer que tout le monde fasse un point sur sa santé mentale, comme on va chez son médecin faire un check-up ! Pour les étudiants, particulièrement à l’approche des examens, il faut, comme cela est rappelé partout, reprendre des routines. Nos routines structurent notre quotidien, permettent de nous projeter au moins à court terme et nous rassurent. C’est un gain de temps qui laisse alors la place aux imprévus ! Des rythmes chronobiologiques réguliers, des temps de sommeil suffisants, une alimentation équilibrée, éviter les écrans en dehors des visios. Il faut s’exposer au beau, à l’inspirant, entretenir nos solidarités et minimiser nos contacts avec le négatif !  Le bien-être de tous dépendra aussi d’une psychiatrie accessible et moderne et de politiques publiques inclusives !

Ce qui pourrait vous intéresser

Article -
Par Sandra Coutoux

3 initiatives locales pour remonter le moral des étudiants

Une coupe de cheveux gratuite, un repas offert, une nuit en gîte pour décompresser, la solidarité s'organise pour aider les étudiants à garder le moral. Lourdement impactés par la crise sanitaire ils sont 69 % à s'inquiéter pour leur santé mentale.

Solidarité
Dossier -
Par La rédaction

Comment aider les étudiants en détresse

Cours à distance, absence de vie sociale et précarité grandissante, les étudiants sont de plus en plus nombreux à exprimer leur mal-être en cette période de crise sanitaire. Mouvement UP met en lumière des solutions pour les aider à sortir de cette détresse psychologique tout aussi dangereuse que contagieuse.

Solidarité
Studylink Article -
Par Mounir Belhidaoui

5 startups de l'ESS qui vont faciliter la vie des étudiants

Logements, loisirs, financement d’études : des startups créées par et pour les étudiants comptent bien apporter une…

Solidarité