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Pourquoi il est urgent de réinventer le masculin pour sauver la planète

Ferdinand Richter a été rugbyman, coach de dirigeants de grandes entreprises, puis responsable d'Ecosia France. Pendant de nombreuses années, il a adhéré aux valeurs patriarcales de compétition et de performance jusqu'au point de rupture. Un chemin qui l'a mené à cette prise de conscience : pour vraiment sauver la planète une profonde remise question des valeurs dominantes est nécessaire. Il nous explique pourquoi dans son livre Réinventer le masculin, publié aux éditions Robert Laffont.
Par Sandra Coutoux

« Quelque chose en moi a commencé à se sentir en désaccord »

Comment la remise en question des valeurs dites « masculines » s’est invitée dans votre vie ?

Ce n’est pas un évènement en particulier qui m’a conduit à cette remise en question, mais plutôt une accumulation de petits évènements. J’ai été rugbyman professionnel et j’ai obtenu en parallèle un diplôme de psychologue du travail. Mon profil m’a ouvert les portes du coaching en entreprise. Dès l’âge de 28 ans, j’ai accompagné les dirigeants du CAC 40 sur les sujets de leadership. J’aimais l’accompagnement humain, mais très vite j’ai compris que ce travail avait toujours et encore un seul objectif : la performance, les résultats. Et quelque chose en moi a commencé à se sentir en désaccord avec ça, pourtant je ne me suis pas forcément écouté. Je gagnais bien ma vie, j’occupais une position sociale enviable, j’ai mis de côté ce ressenti. Un jour, je n’ai tout simplement pas pu continué. C’est dans cette période de transition, d’effondrement intérieur que j’ai commencé à réfléchir beaucoup sur moi et sur le système dans lequel nous évoluons.

Ce système, basé sur l’exploitation des ressources, la domination, la compétition, m’a soudain paru totalement vain. En tant que garçon, j’avais été élevé avec ce modèle, et soudain ce modèle m’est apparu dans toute son absurdité, car il renie les émotions, la sensibilité et dévalorise les valeurs dites « féminines », comme la coopération ou la douceur. C’est à partir de là que j’ai entamé un chemin personnel pour retrouver mon humanité et mon équilibre.

Pourquoi faut-il selon vous réinventer le « masculin » ?

Le culte de la performance commence très tôt dans notre société, dès l’école, et se poursuit en entreprise, et ensuite au sein de la sphère politique. Les petits garçons sont très tôt encouragés à être fort et à surtout ne pas montrer leurs émotions. Le modèle dominant incarné par des hommes de pouvoir prône l’esprit de compétition et de conquête comme des valeurs ultimes. Malheureusement ce modèle est en train de détruire la planète. En découvrant la permaculture, par exemple, j’ai découvert une autre vision qui propose de prendre soin des écosystèmes au lieu d’exploiter les ressources. La société occidentale actuelle est en train d’aller droit dans le mur sur le plan écologique à cause d’une certaine forme d’avidité et de prédation. La course au toujours plus, créée par la société de consommation, ne nous laisse aucun répit.

Il faut aller toujours plus vite, toujours plus loin, mais au service de quoi ? C’est la grande question. J’ai effectué des stages en permaculture, et j’ai observé le comportement des formateurs  : ils acceptent d’être dans le présent, travaillent en co-création avec et non pas contre le vivant. Cette humilité m’a fait du bien, car j’y est trouvé une justesse. Nous manquons de modèles dans les milieux politiques ou économiques qui proposent des alternatives au modèles dominants. C’est donc à nous les inventer.

 

L'idée n'est pas d'opposer masculin et féminin, mais au contraire de les associer

Comment inventer de nouveaux modèles plus harmonieux ?

Sur le plan climatique, nous sommes face à l’inconnu tout en sachant que notre système actuel nous conduit vers le chaos. Je crois que le changement collectif passera par un changement de niveau de conscience des individus et par une revalorisation des valeurs dites « féminines », comme l’intuition, la coopération, la capacité à prendre soin. Ces valeurs ne sont pas liées au genre ou au sexe biologique, mais peuvent s’exprimer qu’on soit homme ou femme. Le fait est que nous vivons dans une société qui valorise davantage la compétition que la coopération.

L’idée n’est pas d’opposer masculin et féminin, mais au contraire de les associer pour mettre la puissance au service de la douceur. Nos comportements sont le fruit de notre éducation, de l’héritage de nos ancêtres et des injonctions sociétales. Changer, c’est d’abord accepter perdre certains repères,  remettre en question ces schémas pour construire quelque chose de nouveau. Cela nous demande de plonger dans l’inconnu, mais aussi de nous reconnecter à notre créativité.

La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui de plus en plus de personnes se sentent appelées à vivre ou construire autrement. C’est plus facile de partager ce chemin avec d’autres personnes qui nous comprennent.  L’époque nous invite à reprendre notre pouvoir personnel pour retrouver un équilibre. J’espère, à travers mon livre, exprimer une voix parmi d’autres sur ce besoin de sens et d’harmonie.

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