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Pour Oxfam, les pays doivent lutter davantage contre les inégalités

Dans un nouveau rapport, Oxfam analyse les politiques publiques visant à réduire les inégalités dans le monde. Verdict : la majorité des pays auraient pu mieux faire et ainsi mieux gérer la crise sanitaire puis économique qui s'en est suivie.
Par Philippe Lesaffre
picto_1 Crédit : Mauro mora / Unsplash

Plus d’inégalités dans le monde…

L’Insee a rapporté qu’en 2018, le revenu des plus modestes a eu tendance à chuter. La baisse des allocations logement en a été la cause. Pendant ce temps, le niveau de vie des ménages les plus aisés français avait augmenté sensiblement en raison de la progression des revenus du patrimoine et la hausse des revenus d’activité.

D’après Oxfam, sept milliardaires possèdent en France davantage que les 30 % les plus pauvres. En outre, les 10 % les plus riches de l’Hexagone détiennent la moitié des richesses du pays. « Partout, note Pauline Leclère, responsable de campagne Justice fiscale et inégalités à Oxfam France, les inégalités se creusent et la concentration de richesses progresse. »

En France, comme ailleurs, explique l’organisation. Dans le monde, les milliardaires possèdent plus de richesses que 60 % de la population mondiale, soit 4,6 milliards de personnes.

…et pas assez de mesures pour y faire face

Selon l’ONG, en 2019, la plupart des pays n’avaient pas mis en place assez de politiques de lutte contre les inégalités. Des mesures qui auraient pourtant pu servir de « rempart » contre la crise sanitaire, puis économique. Autrement dit, de très nombreux pays ont été mal préparés à lutter contre le coronavirus et ses conséquences.

Voilà la conclusion d’une vaste enquête, sortie en ce 8 octobre, dans laquelle l’ONG a évalué « l’engagement à réduire les inégalités » (ERI 2020) de 158 États. Cet indice analyse les engagements politiques, mesure les politiques mises en place (pour comprendre qui en bénéficie concrètement) et leurs impacts sur les niveaux d’inégalités dans les pays. Ont été évalués, pour chaque État, trois gros « piliers » : d’abord les services publics (éducation, santé, couverture sociale), puis les volets « impôts » et « marché du travail » (protection des travailleurs, niveau du chômage).

Verdict : les « bons » élèves peuvent progresser

Il y a tout de même des pays qui marquent des points, selon l’ONG. La Corée du Sud, par exemple, a mis en place un fonds de soutien massif pour plus de 22 millions de foyers. La Géorgie, de son côté, a instauré la gratuité des soins en lien avec la pandémie tandis que l’Équateur a mis en place des impôts de « solidarité » pour les entreprises et les particuliers les plus riches, afin de participer à l’effort financier. Selon Oxfam, « très peu de pays ont cherché à augmenter les impôts pour les particuliers les plus fortunés ou les entreprises tirant parti de la crise afin de financer le relèvement. C’est une grande déception« .

Par ailleurs, seules 26 nations (sur les 158 étudiées) ont consacré un budget suffisant à la santé (au moins 15 % de leur budget).

En Allemagne, troisième au classement de l’indice ERI, les dépenses pour l’éducation (au niveau fédéral et des Länder), sont aussi faibles qu’au… Soudan du Sud (9,4 % du budget de l’État).

En outre, même si les dépenses de santé et de protection ont souvent augmenté dans le monde, seul un tiers des travailleurs et travailleuses, dans les pays étudiés, ont bénéficié d’une protection sociale appropriée, rapportent les experts de l’Oxfam. Un tiers des personnes travaillant, dans plus de 100 pays, n’avaient aucune protection du travail telle qu’un congé maladie.

Même les bons élèves peuvent mieux faire. « Il y a un délitement du côté des Scandinaves, souvent perçus comme des pays exemplaires », observe-t-on du côté d’Oxfam France. Par exemple, la Norvège, première du classement, affiche le… sixième plus faible niveau d’inégalités dans le monde.

Au Danemark, qui occupe la deuxième marche du podium, les inégalités se sont accrues en raison des politiques fiscales. Résultat : les personnes ayant 40 % des revenus les plus bas ont vu leurs revenus stagner ces 10 dernières années. Et pendant ce temps, la majorité de la richesse du pays est détenue par les 10 % les plus riches…

Que faire ?

Afin de réduire les inégalités, Oxfam demande la mise en place de plans d’urgence visant à réduire les niveaux d’inégalités. Cela passe par des annulations ou des allègements de dettes, une augmentation de l’imposition des plus riches, tant au niveau des particuliers que des entreprises, l’instauration d’une imposition plus progressive des revenus du capital.

Pour Oxfam, il faut mettre fin à l’évasion fiscale au plus vite. Parmi les autres recommandations, il y a également l’idée d’instaurer un « contrôle systématique des dépenses publiques, en sollicitant la participation des citoyens à la surveillance budgétaire ».

Dans un autre article, publié sur Respect mag, la rédaction s’intéresse à la situation de la France, vue par Oxfam.

 

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