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Paul Watson : “Si l’océan meurt, l’humanité meurt avec lui”

Cela fait quatre décennies que Paul Watson défend les océans. En ligne de mire : les pratiques peu durables des pêcheurs industriels et des braconniers d’espèces protégées. Nous avons échangé avec ce militant antispéciste canadien, considéré par ses détracteurs comme un pirate aux actions violentes.
Par Philippe Lesaffre
Paul Watson
picto_1 Crédit : Sea Sheperd

Depuis 40 ans, Paul Watson n’a pas souvent quitté le bateau. À 68 ans, le capitaine, avec son ONG Sea Shepherd, continue de naviguer pour défendre les mers et les océans. Son défi n’a jamais varié au gré du vent : empêcher baleiniers et chalutiers aux pratiques peu vertueuses d’agir, où que ce soit. Une seule cause l’anime depuis toujours : la mer, et sa biodiversité. L’océan se meurt. Mais lui veille, vaille que vaille, sur les dauphins, les phoques, les requins, les baleines, les thons rouges. On a pu échanger avec ce protecteur des espèces menacées par les activités humaines. Capt’ain Watson à la barbe blanche revient, avec nous, sur l’engagement de sa vie. Une chose est sûre : Paul reste optimiste et n’arrêtera jamais le combat.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer dans la sauvegarde de la biodiversité sous-marine durant votre jeunesse ? Quel a été le déclic ?

J’ai grandi dans un village de pêcheurs à l’est du Canada. J’étais déjà conscient de l’abattage des bébés phoques étant petit, mais quand, à huit ans, j’ai été témoin d’un massacre de bébés phoques sur le rivage, cela m’a traumatisé. À 10 ans, j’ai passé l’été à nager avec une famille de castors. L’été d’après, je suis retourné dans le même étang, mais les castors avaient disparu. Un trappeur les avait tous tués. Ce qui m’avait profondément énervé. L’hiver suivant, j’ai marché sur les terrains de trappage pour libérer les animaux et j’ai détruit les pièges. À 18 ans, je suis devenu le plus jeune membre fondateur de Greenpeace.

 

Selon vous, “l’océan peut mourir”. Depuis quand est-il en train de mourir ?

Depuis 1950, les populations de phytoplanctons ont diminué de 40 %, alors que ces êtres vivants fournissent jusqu’à 70 % de l’oxygène dans l’atmosphère. La mer régule les températures et le climat. Elle est le système de survie de la planète. Et pourtant, nous détruisons les écosystèmes océaniques avec la pêche industrielle, la pollution, l’acidification, le blanchissement des coraux, la pollution sonore, les pesticides, les herbicides, les fongicides, les radiations, la pollution chimique et plastique. Nous détruisons la biodiversité de la mer. Si l’océan meurt, l’humanité meurt avec lui.

Nous n'avons jamais tué, ni blessé personne. Nous n'avons jamais volé ou pillé un navire. Nous ne sommes pas des pirates, nous nous opposons aux pirates.

Faut-il défendre les mers et les océans à tout prix ?

Je ne dirais pas à tout prix. Je fixe la limite à la violence. Nous pratiquons ce que j’appelle la non-violence agressive et, après plus de quatre décennies avec Sea Shepherd, nous n’avons blessé personne. Nous confisquons des filets illégaux et coulons des navires baleiniers illégaux. Nous interceptons les activités illégales, nous ne sommes pas une organisation de protestation.

 

Certains disent que vous êtes un pirate aux actions violentes. Comment réagissez-vous à cette attaque verbale ?

Nous n’avons jamais tué, ni blessé personne. Nous n’avons jamais volé ou pillé un navire. Nous ne sommes pas des pirates, nous nous opposons aux pirates. J’ai conçu notre drapeau en réponse à nos ennemis qui nous traitent de pirates. J’ai dit : ” Si vous voulez qu’on soit pirates, on sera pirates. ” c’est un logo populaire et puissant, les enfants l’adorent, et nos ventes de marchandises ont grimpé en flèche après son adoption.

 

Vous dites que 40 % des actions de pêche sont illégales. Pourquoi continuent-elles alors ? Pourquoi ne fait-on rien pour se conformer à la loi ?

Il y a un manque total de motivation économique et politique de la part des gouvernements pour faire respecter le droit international de la conservation. Nous faisons ainsi ce que personne d’autre ne fait.

Je suis enthousiasmé par les actions des jeunes d'aujourd'hui. Cette génération en fait plus que toutes les générations précédentes et se rend mieux compte des conséquences de l’inaction.

Avez-vous le sentiment que les gouvernements ne sont pas prêts à agir pour sauver les océans ?

Avec les gouvernements, il s’agit généralement de faire trop peu, trop tard. Toutes les révolutions sociales dans l’histoire du monde ont été initiées et menées à bien grâce à la passion, l’imagination et le courage des citoyens. Les gens doivent donc continuer d’inciter les gouvernements à agir.

 

Que pensez-vous des COP ? Peuvent-elles participer à une prise de conscience politique et civique à long terme ?

Dans les conférences, on parle, on n’agit pas.

 

Y-a-t-il des raisons d’espérer un avenir meilleur en observant, notamment, ces jeunes qui se rassemblent dans le monde entier ?

Il y a toujours des raisons d’espérer. Les batailles les plus grandes et les plus gratifiantes sont des causes perdues, rendant l’impossible possible. Je suis enthousiasmé par les actions des jeunes d’aujourd’hui. Cette génération en fait plus que toutes les générations précédentes et se rend mieux compte des conséquences de l’inaction.

J'ai toujours été optimiste et j'ai toujours cru que l'impossible pouvait être rendu possible par la passion, le courage et l'imagination.

De quelle manière Sea Shepherd collecte les plastiques dans les océans ?

Nous confisquons et recyclons les filets en plastique. Nous commanditons des centaines de séances de nettoyage de plages à travers le monde. J’écris sur les dangers de la pollution plastique depuis plus de 30 ans. Des mesures sont prises dans le monde. Car, en effet, le plastique à usage unique doit être interdit.

 

Comment parvenir à nettoyer les mers ?

Nous devons donner à l’océan le temps de réparer les dégâts que nous avons infligés. Nous devons mettre fin à la pêche industrielle, aux engins lourds. Nous devons appliquer sérieusement les lois anti-braconnage et de conservation. Nous devons interdire le plastique à usage unique dans le monde et les engins de pêche en plastique. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éliminer les débris plastiques et les micro-plastiques des écosystèmes marins.

 

Selon vous, la solution consiste à limiter le taux de natalité dans le monde, mais vous ne croyez pas qu’elle soit réalisable. Pourquoi, alors, continuez-vous à vous battre après 50 ans d’engagement ?

J’ai toujours été optimiste et j’ai toujours cru que l’impossible pouvait être rendu possible par la passion, le courage et l’imagination. À mon avis, la grande majorité des gens ne sont pas qualifiés pour être parents. Trop d’enfants naissent dans un monde où ils ne sont pas aimés, élevés et éduqués. Un enfant né de parents aimants et bienveillants contribue davantage à ce monde qu’un enfant né de parents violents et irresponsables.

 

Comment voyez-vous l’avenir ? Vous n’arrêterez jamais le combat ?

Je sais que je ne prendrai jamais ma retraite, mais ce qui est génial, c’est que Sea Shepherd est devenu un mouvement mondial. Il est beaucoup plus grand que moi. Quoi qu’il m’arrive, Sea Shepherd continuera de devenir toujours plus fort et toujours plus efficace.

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