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Quel avenir pour les propositions de la Convention citoyenne pour le climat ?

Les propositions seront-elles prises en compte dans ce contexte d'après Covid-19 ? On en a discuté avec Mélanie B., l’une des 150 citoyens tirés au sort. Avec d'autres, elle a planché sur les questions liées à l’alimentation.
Par Philippe Lesaffre
Marche pour le climat
picto_1 Crédit : Markus Spiske

Il y a peu de temps encore, la France était à l’arrêt, mais les participants de la Convention citoyenne pour le climat continuaient de travailler sur les propositions qui ont été remises au gouvernement. Nous avions rencontré Mélanie B., 36 ans, travailleuse dans l’événementiel qui racontait son expérience au sein de cette Convention.

Comment fonctionnez-vous dans la communication au sein de la Convention citoyenne ? Chacun peut s’exprimer ou vous avez des porte-parole ?
Non. Chacun peut s’exprimer, comme il l’entend. Sur les 150 citoyens, certains interviennent dans les médias (on est nombreux à le faire), d’autres sont peu disponibles, en raison de leur profession, d’autres, encore, ne veulent pas du tout prendre la parole, ni même être pris en photo. On est libres de communiquer comme on le souhaite.

Aviez-vous accepté de suite de participer à cette aventure de la Convention citoyenne ?
Je me souviens, j’étais en vacances en Italie. Je n’avais pas entendu parler de l’initiative. On m’a appelée et j’ai pensé au début que c’était un sondage. Puis on m’a expliqué que j’avais été tirée au sort. Cela a suscité beaucoup d’intérêt de ma part. Je n’ai jamais été militante ou « écolo », mais j’étais sensibilisée comme de nombreuses personnes. J’essaye de consommer bio, je trie, j’éduque ma fille en pensant aux enjeux de l’environnement. En d’autres termes, le sujet est important pour moi, surtout en tant que maman. Donc j’ai accepté sans attendre. Et cela n’a posé aucun problème à mon employeur.

Nous avons la responsabilité, le devoir de transmettre ce que nous avons appris et compris.

Qu’est-ce que les discussions et les débats au fil des week-ends ont provoqué chez vous ?
Je fais partie des citoyens qui ont pris une grosse claque à la première session. D’abord, on s’est rendu compte que le travail demandé était colossal. Ensuite, on a vraiment pris conscience de l’urgence climatique avec l’intervention des experts, des climatologues ou des sociologues. Quand je suis arrivée au premier week-end, je n’étais pas informée comme aujourd’hui. L’intervention de Valérie Masson-Delmotte m’a beaucoup marquée, et je trouve que chaque humain sur Terre devrait l’écouter. Elle était claire, factuelle. Le réchauffement climatique, c’est important, chaque demi-degré en plus compte. Il y a déjà des conséquences. Et il y en aura d’autres, à plus long terme.

Avez-vous partagé vos nouvelles connaissances à vos proches ?
J’ai souvent parlé des avancées de la convention à mes proches, mes collègues. C’est sûr que j’ai dû souvent répété ce que j’ai découvert. À mon avis, les gens ne sont pas assez informés de la réalité – comme moi, au début – et j’essaye, à mon niveau, de sensibiliser. Cela peut être tout bête et concerner par exemple la consommation de produits de saison. Je pense que nous avons la responsabilité, le devoir de transmettre ce que nous avons appris et compris.

Vos propositions ont donc pu être transmises au gouvernement, mais cela en est où maintenant ?
La dernière session, prévue en avril, a été retardée. On ne sait pas encore quand elle va être organisée. Or, nous nous sommes dit qu’il fallait faire entendre notre voix et contribuer au débat actuel, en pleine pandémie. Nous avons en effet envoyé au gouvernement une série de 50 mesures qui ont été rendues publiques.

Il ne s’agit pas de l’ensemble du travail des 150 citoyens. À la majorité, il a été décidé qu’il ne fallait pas tout dévoiler. Certains estiment que ce n’est pas le moment de s’exprimer sur ces sujets et de lancer ce débat. Et il s’agit aussi de protéger les travaux pour ne pas être influencés plus tard par les uns ou les autres.

En attendant le prochain week-end de travail, vous pouvez avancer ?
On continue de travailler, oui. On organise des visioconférences. On approfondit ces jours-ci nos mesures concernant la Constitution, on va se pencher un peu plus tard aussi sur le financement des mesures.

Plus les gens vont adhérer, moins le gouvernement pourra faire marche arrière.

Vous pensez qu’en ces temps de crise sanitaire, vos propositions pourront être, comme prévu, étudiées « sans filtre » ?
Nous pensons que nos propositions permettraient de relancer l’économie et de créer des emplois. Alors, on l’espère… Surtout que l’on constate un réel éveil écologique dans la société.

Mais on a vu, tout récemment, avec le vote au Parlement sur les aides non conditionnées à des plans d’ordre écologique, que tout ne se fait pas en vue d’accélérer la transition verte. À la Convention, on avait vite compris qu’il fallait s’engager dans le changement. Surtout que la crise sanitaire est liée, on le sait, à la crise écologique.

Au départ, nous étions plusieurs participants à être de l’avis qu’une crise majeure allait éclater sous peu. On ne savait pas quand exactement et si cela allait être d’ordre économique, sanitaire ou climatique. Au final, c’est arrivé beaucoup plus vite que prévu.

Vous craignez que vos propositions soient zappées ?
C’est une crainte qui existe depuis le début. On compte sur le soutien des Français. Il faut alors parler de la Convention citoyenne. Plus les gens vont adhérer, moins le gouvernement pourra faire marche arrière. Après, on fait le job et chacun assumera ses responsabilités.

Donner la parole aux citoyens, c’est l’avenir de la démocratie.

Que faut-il faire pour qu’à l’après-coronavirus on prenne bien en compte l’urgence climatique ?
Il faut ouvrir le débat dans la société, de partout. Des citoyens, d’une part, et, de l’autre, des industries qui ont intérêt à entamer leur transition. Les pouvoirs publics doivent agir en outre. Et prendre en compte les demandes des citoyens.

Donner la parole aux citoyens, pour moi, c’est l’avenir de la démocratie. La Convention citoyenne est une aventure humaine. On est précurseurs, il faut poursuivre cette mission. Il faut mettre l’intelligence collective au service du bien commun.

Des propositions ont été formulées, d’autres vont être transmises plus tard au gouvernement. Que faut-il en retenir pour la partie « Se nourrir », sur laquelle vous avez travaillé ?
Il faut mettre en avant l’agriculture française, imaginer et instaurer des pratiques plus vertueuses pour la planète, la pêche aussi, avec la protection des océans. Nous souhaitons également favoriser le développement des circuits courts. Il y a un travail d’information, de sensibilisation et d’éducation dès le plus jeune âge, mais pour les adultes également. Les gens doivent être au courant de ce qu’il se passe, des initiatives ici ou là. Par ailleurs, il y a des aides à mettre en place pour inciter le plus grand nombre à manger plus local, ainsi que bio aussi. On propose par exemple l’installation de fermes municipales.

Faut-il faire peur pour que les citoyens aient le déclic et l’envie d’agir ?
Je pense qu’il faut surtout dire la vérité.

Aidez-moi à finir cette phrase. Pour construire le monde de demain, il faut…
Remettre l’humain et l’environnement au cœur de nos sociétés.

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