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Municipales : « Les citoyens ont montré qu’ils étaient attachés aux valeurs environnementales »

Bordeaux, Strasbourg, Tours, Poitiers, Annecy, une vague verte vient de déferler sur de nombreuses grandes villes françaises. Comment expliquer cette victoire massive inédite à l'échelon municipal ? Qui sont les électeurs écologistes ? Éléments de réponse avec le politologue Daniel Boy, chercheur à Sciences Po et expert de l'évolution du vote écologiste.
Par Sandra Coutoux
Bordeaux, passe au vert aux élections municipales
picto_1 Crédit : Vince Gx

Comment analysez-vous la victoire des listes écologistes aux élections municipales ?

Ce second tour confirme les résultats du premier tour dans de nombreuses villes. Europe Ecologie Les Verts a été en capacité de présenter des listes dans près de 30 villes de plus de 30 000 habitants. Et le parti a été, dans certaines de ces villes, tête de liste au sein de listes d’union de la gauche. Ce qui est une première. Certaines victoires ont créé la surprise, comme Bordeaux, qui passe au vert après avoir été dirigée pendant 73 ans par la droite. Les jeunes se sont fortement mobilisés, alors que les électeurs plus âgés se sont abstenus, peut-être par crainte du coronavirus. Il est encore trop tôt pour affirmer des vérités, mais ce sont des éléments d’explication plausibles.

La crise sanitaire que nous avons traversée peut-elle expliquer cette poussée verte ?

Il y a sans doute un lien. Je crois que de nombreux citoyens ont compris que la pandémie était liée à des causes environnementales. La déforestation, la destruction de l’habitat d’animaux sauvages ont créé une proximité entre l’homme et certains animaux, qui favorise l’émergence et la transmission de nouveaux virus. Plus généralement, il est impossible de nier aujourd’hui les conséquences du réchauffement climatique, qui se traduisent par des épisodes de sécheresse et de canicule. Cette réalité est conscientisée par davantage de personnes maintenant.

Quel est le profil des électeurs écologistes ?

Il y a 30 ans , l’électeur écologiste était plutôt issu de la classe enseignante, des métiers de la santé, ou de la fonction publique. Pendant longtemps, certains citoyens ne se sont pas reconnus dans une forme de radicalité « verte ». L’image des écologistes s’est ensuite adoucie en quelque sorte, avec des figures comme Nicolas Hulot. Depuis 10 ans, des jeunes cadres du privé  se sont identifiés à la défense des causes environnementales. Aujourd’hui, l’électeur écologiste est plutôt jeune, diplômé et urbain. Il vit dans des grandes métropoles universitaires.

Les électeurs peuvent très bien voter vert dans un vote de proximité et soutenir un président d'un autre parti.

Est-ce que ces résultats au niveau local marquent un tournant dans l’histoire politique de la transition écologique ?

Je reste prudent, car il est difficile de prédire l’avenir. Le Parti socialiste avait déjà soufflé le vent du changement dans les années 80, avant de créer de la désillusion. Cependant, le moment reste fort pour l’écologie politique. Les citoyens ont montré massivement qu’ils étaient attachés aux valeurs environnementales. Un parti traditionnel comme le PS est aujourd’hui en position secondaire par rapport à Europe Écologie Les Verts. Un rapport de force encore impensable il y a quelques années.

Quels sont les enjeux de l’écologie politique dans les années à venir ?

D’abord, il faudra confirmer cet élan vert aux élections régionales de 2021. C’est tout à fait possible, car on sent un besoin de résilience locale dans les territoires, et les élus verts semblent aujourd’hui pouvoir y répondre avec des propositions concrètes. Cependant, même si les écologistes remportent massivement ces élections locales, cela ne présage en rien la tendance de la présidentielle de 2022. Les électeurs peuvent très bien voter vert dans un vote de proximité et soutenir un président d’un autre parti. Par ailleurs, l’enjeu majeur des écologistes est de convaincre les classes populaires attirées par l’abstention ou le vote extrême. L’avenir de l’écologie politique passera par sa capacité à réunir les combats sociaux et environnementaux, au sein d’un projet global de société.

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