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Mouts (Nus et culottés) : « Les autres sont nos miroirs »

Vous avez peut-être déjà suivi leurs périples dans l’émission « Nus et culottés », diffusée chaque été depuis 10 ans sur France 5. Nans et Mouts ont l'habitude de partir en voyage nus et sans argent. Grâce à l'aide spontanée des gens qu'ils croisent sur leur chemin, ils réalisent des défis fous ! La solidarité, Mouts, alias Guillaume Mouton, l'a expérimentée au cours de ces voyages insolites, il partage avec nous les leçons de vie apprises sur la route.
Par Sandra Coutoux
nans et mouts, nus et culottés
picto_1 Nans et Mouts

« Nous sommes interdépendants »

Quel bilan tires-tu de toutes ces années de voyage avec « Nus et culottés » ?

Je ressors avec une confiance bien ancrée, car, grâce à cette expérience, j’ai découvert qu’il y a toujours une possibilité de trouver une main tendue et c’est rassurant. Nous vivons dans une société qui valorise l’autonomie peut-être à outrance, qui nous apprend à ne compter que sur nous-même pour trouver des solutions à nos problèmes. C’est bien sûr important de tenir debout seul, mais cette culture individualiste poussée à l’extrême, envoie le message que demander de l’aide, c’est être faible. Nous pouvons tous être une ressource pour quelqu’un et inversement. Nous sommes interdépendants et cette interdépendance va de pair avec la culture de la responsabilité. Je suis responsable de moi-même, de mes émotions, de mon histoire, de ma vie, et c’est pour cela que je peux apporter quelque chose aux autres.

Y a-t-il une attitude qui favorise l’entraide ?

Si en stop, tu fais la gueule, il y a de fortes chances pour que tu tombes sur des personnes indisponibles. Nous l’avons expérimenté avec Nans, les autres sont nos miroirs. On a vite compris que la priorité, avant de demander quelque chose à quelqu’un c’est de retrouver une énergie paisible en soi, surtout quand on se sent triste ou fâché. Les autres sont plus enclins à vous aider si vous dégagez une énergie positive. L’état d’abondance intérieure appelle l’abondance extérieure. Et, d’une certaine manière, cela demande d’être responsable de ses émotions, et de faire un travail sur soi.

La confiance attire l’abondance, qui est le vecteur de la solidarité humaine

Comment expliquer cette solidarité rencontrée sur la route ?

Le contexte de nos périples pour « Nus et culottés » est certes particulier, les gens nous aident à atteindre des destinations insolites, mais une fois de retour à nos vies respectives, ce que nous avons appris sur nous-mêmes et sur la vie nous aide beaucoup. Nous avons développé une philosophie de vie à partir de nos expériences. Une chose que je retiens, c’est que l’enthousiasme peut vraiment déplacer des montagnes. La confiance attire l’abondance, qui est le vecteur de la solidarité humaine. Quand vous discutez avec une personne souriante, vous êtes plus enclin à vouloir partager des ressources avec cette personne, plutôt qu’avec quelqu’un qui se plaint tout le temps. Parfois, quand on est sous l’eau ou lorsqu’on vit des galères, ce n’est pas facile d’être souriant, mais la priorité ce n’est pas à ce moment-là de trouver une solution. La priorité est d’abord de sortir de la négativité. Changer de posture aide énormément à s’ouvrir à de nouveaux possibles.

Partir nus et sans argent, c’est se mettre un peu en danger…

Nous partons nus et sans argent, dans un état de vulnérabilité, c’est notre choix. Du coup lorsqu’on se retrouve dans des galères, qu’on s’apprête à dormir dehors, le ventre vide, on ne peut pas vraiment s’en plaindre parce qu’on a choisi l’aventure, donc l’inconnu et l’inattendu. De nombreuses personnes nous ont apporté leur aide, certaines d’entre elles ont fait des détours de plusieurs dizaines de kilomètres pour nous conduire quelque part, certaines nous ont hébergés et nourris alors qu’elles n’avaient pas grand-chose… Accepter l’aide offerte simplement, sans honte, sans se sentir redevable, mais juste en ressentant de la gratitude dans le cœur, n’a pas toujours été facile. J’ai vécu pas mal la culpabilité d’être aidé, et, avec Nans, on a eu du mal à vraiment vivre la gratitude. Recevoir est parfois plus difficile que donner.

Dans cette société patriarcale, la vulnérabilité est cachée, associée à tort à la faiblesse

Vous avez aussi eu peur parfois ?

À chaque fois qu’on s’est mis en danger, c’est parce que l’un d’entre nous n’avait pas écouté son instinct. Après quelques expériences un peu limite, on s’est dit que si l’un des deux ne le sentait pas, on ne le ferait pas. On a accepté, par exemple, d’être hébergé par un gars qui sortait de prison, qui se vantait d’avoir déjà tué quelqu’un. On a fini avec un couteau sous la gorge, on s’en est sorti mais l’expérience nous a servi de leçon. Parfois, il ne faut pas y aller. Pour savoir si on peut faire confiance, il faut apprendre à écouter son GPS intérieur ! On perçoit toujours des signaux : une sensation de malaise, peu importe si cela semble irrationnel, il faut s’écouter. Se faire confiance permet de rencontrer des personnes qui sont dignes de confiance.

Vous avez aussi fait l’expérience de la sensation de la vulnérabilité…

Dans cette société patriarcale, la vulnérabilité est cachée, associée à tort la faiblesse. Avec Nans, nous avons certes joué les aventuriers, les bonhommes, mais notre relation a évolué vers davantage d’intimité quand les masques sont tombés, et que nos vulnérabilités respectives se sont exprimées au fil des situations. Nous réagissons à ce que nous vivons avec notre histoire familiale, notre vécu, et parfois cela peut créer de l’incompréhension, des tensions dans des relations. Commencer par reconnaître la charge émotionnelle qui est là, l’accepter, cela ne se fait pas tout seul. On a chacun été accompagné par des thérapeutes pour nous libérer de certains schémas. Difficile d’être une ressource pour quelqu’un d’autre lorsqu’on ne tient pas debout soi-même. La route, le voyage, c’est d’abord un voyage de soi à soi.

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Dans son nouveau numéro, MOUVEMENT UP consacre son dossier à la solidarité. Rencontres avec Thierry Marx, Cédric Herrou, Stéphane de Freitas, Jacques Lecomte, Ilios Kotsou, Julia Montfort et bien d’autres encore.

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Ces derniers mois, un virus a mis en lumière notre capacité spontanée à nous entraider. Ce n’est pas un hasard, comme l’explique dans ce dossier le docteur en psychologie Jacques Lecomte, puisque « l’être humain est biologiquement prédisposé à la bonté ». Fraternité, coopération, altruisme, nous ne mettons pas tous les mêmes valeurs derrière le mot solidarité. Certains y voient une charité bienpensante, d’autres une responsabilité nécessaire. Une chose est sûre, face aux défis écologiques et sociaux qui nous attendent, la solidarité apparaît comme une inestimable ressource du monde d’après.

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