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Monde d’après : comment soigner le blues des militants écolos ?

Un an après un confinement mondial inédit, militants écolos et citoyens engagés espéraient un sursaut pour la planète, des prises de conscience, des moyens face à l'urgence climatique. Mais ce monde d'après tarde à se manifester, et l'éco-anxiété, la colère, et l'impuissance ont remplacé l'espoir. Alors comment retrouver l'énergie pour agir malgré tout ?
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Josh Hild (Unsplash)

Il y a un an, Julien, 40 ans, s’installait dans le Morbihan pour animer un réseau d’acteurs de la transition écologique, sociale, démocratique et culturelle. Un job en cohérence avec ses valeurs : « Il s’agit de faire avancer au niveau local les débats liés à ces enjeux. J’organise des conférences, fédère les associations, les collectivités, les entrepreneurs sur le territoire. » Julien est ce qu’on pourrait appeler un « acteur du changement », et pourtant aujourd’hui il a le moral dans les chaussettes.

« Je me sens en colère et abattu et ça vient d’un sentiment d’impuissance. Au niveau local, de nombreux acteurs sont prêts à mettre en place un système vertueux, que ce soit sur le plan de l’alimentation, de la biodiversité, de l’économie circulaire, mais arrive un moment où les projets sont limités dans leur expansion. La faute aux lenteurs administratives, à de ses réglementations compliquées. On a le sentiment que l’État ne nous facilite pas la tâche, et c’est frustrant« , confie-t-il, le cœur lourd.

Julien est passé par la finance avant de prendre conscience que ce système capitaliste détruisait plus de richesses qu’il n’en créait. Il est devenu entrepreneur au service de la transition, parce qu’il voulait faire partie de la solution. Aujourd’hui, il regrette le décalage entre les politiques publiques et la société qui est prête, selon lui, à évoluer sur la question écologique.

Face à la crise climatique et environnementale, 76 % des Français jugent incontournable de passer à un mode de vie plus sobre, selon un sondage publié début mars par l’Institut Montaigne, Les Échos et Radio Classique.

Le travail qui relie, une ressource face au désespoir

Marianne Claveau, biologiste de formation, a elle aussi été confrontée à la colère et au sentiment d’impuissance depuis la pandémie. « Je n’ai plus d’espoir, mais je nourris en moi l’espérance« , explique-t-elle. Elle poursuit : « L’espoir nous maintient dans l’attente d’une solution extérieure. L’espérance, c’est continuer à faire ce qui est important, même s’l n’y a plus d’espoir. » Depuis 2017, elle est facilitatrice d’ateliers du Travail qui relie à Clermont-Ferrand. Une méthode créée par l’Américaine Joanna Macy, pionnière dès les années 70, de l’éco-psychologie et autrice de L’espérance en mouvement. Au sein de ces ateliers, organisés en moyenne sur deux jours, les participants sont invités à se relier à eux-mêmes et au vivant dans son ensemble. L’objectif est de recontacter en soi l’énergie de l’action. « Beaucoup de militants agissent depuis la colère et la peur, et si cette phase est nécessaire, elle ne suffit pas toujours à être en paix.  » L’atelier Le travail qui relie s’appuie sur la gratitude, il s’agit d’aller à la racine de l’action : la joie !

Accueillir la colère et l’impuissance pour mieux les dépasser

Difficile de rester indifférent face à la destruction du vivant et l’accélération du réchauffement climatique. Les militants et citoyens engagés dans la transition écologique et sociale ont souvent une conscience accrue de la situation délicate laquelle nous sommes. « Il s’agit de la survie de l’humanité, ce n’est pas rien, c’est normal d’être bousculé », précise Marianne. Dans le Travail qui relie, pas question de refouler ou nier la colère ou la peur, on apprend au contraire à « honorer nos peines » pour avancer. L’écoute bienveillante du groupe contribue à faire émerger une énergie nouvelle. Pour Valérie Duvauchelle, facilitatrice du Travail qui relie au sein de l’association des Maisons de l’Intelligence Collective, «  ressentir la souffrance c’est ce qui nous permet d’exprimer notre compassion avec la Terre« .

En prenant soin du lien à soi, aux autres et à la nature, il est possible de créer une autre réalité. « La clé du changement réside dans le niveau de conscience individuel et collectif. Seule une vision nouvelle de notre relation avec le vivant, dans son ensemble, conduira à des décisions et des solutions différentes« , poursuit Marianne.

Pour Marie-Dominique Lacour, citoyenne engagée en Lorraine qui a découvert les livres de Joanna Macy et ses ateliers il y a quelques années, il semble évident que le monde d’après doit être différent : « Il semble évident qu’il faille changer notre rapport au monde pour faire advenir le monde d’après et passer de modes de décisions pyramidaux à l’intelligence collective ». Pour y arriver, certains activistes passent par la lutte, d’autres créent des alternatives, d’autres encore choisissent d’élever leur niveau de conscience. Quelque soit le chemin choisi, la première question à se poser selon Joanna Macy est : Qu’est-ce qui vous fait aimer la vie ? Qu’êtes-vous prêts à défendre ? A chacun de trouver sa réponse.

Pour aller plus loin :

Pour trouver des ateliers du Travail qui relie en France, rdv là.

L’espérance en mouvement  de Joanna Macy et Chris Johnstone. Editions Labord et Fides.

Ecopsychologie pratique et rituels pour la terre, de Joanna Macy et Molly Young Brown. Editions Souffle d’or.

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