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Marie Trellu-Kane : l’engagement citoyen des jeunes doit être beaucoup plus valorisé

Marie Trellu - Kane a cofondé il y a 15 ans, l’association Unis-Cité qui est à l’origine du service civique en France. En s’appuyant sur la jeunesse pour assurer des missions d’intérêt général auprès des associations, des services publics et des plus démunis, Unis-Cité a démontré que semer les graines de l’engagement dès le plus jeune âge permettait de construire une société plus solidaire et résiliente. Entretien.
Par Sandra Coutoux
Marie Trellu-Kane Unis-Cité

Quelle était la vocation d’Unis-Cité à sa création ?

Nous avions l’ambition de proposer aux jeunes de 16 à 25 ans une nouvelle étape de vie, à la fois formatrice et citoyenne.  Concrètement cela consistait à leur proposer de consacrer de 6 mois à 1 an à des missions d’intérêt général, rémunérées, au sein de structures d’intérêt général. Avec 80 % du temps consacré à des missions de terrain, de prévention de santé, de lutte contre l’isolement des personnes âgées ou en situation de handicap, d’éducation à l’environnement, etc., le reste du temps étant consacré à un accompagnement personnalisé du jeune et à de la formation citoyenne.

L’innovation à l’époque était de proposer à des jeunes, qu’ils soient en décrochage ou diplômés des grandes écoles, de donner plusieurs mois de leur vie à un engagement citoyen fort tout en gagnant un peu d’argent, tout en vivant une expérience humaine unique. Nous avons été un véritable laboratoire expérimental de ce qui est devenu en 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, le service civil volontaire, puis le service civique en 2010. 400 000 jeunes se sont déjà engagés, à la fois acteurs et bénéficiaires de cette nouvelle forme d’engagement.

Les jeunes en service civique ont démontré toute leur utilité durant cette crise sanitaire…

Oui, nos jeunes en service civique ont été mobilisés auprès des personnes âgées confinées, dans le cadre de missions de lutte contre l’isolement. Ils ont été très créatifs en s’appuyant sur leur maîtrise du numérique pour proposer des activités à distance. Ceux qui le souhaitaient ont aussi été assez fortement mobilisés sur des missions d’urgence en soutien aux services de l’état, associations d’urgence et municipalités.

Le service civique, c’est un engagement citoyen, mais c’est aussi un vrai tremplin pour les jeunes, non ?

Tout à fait. Le service civique est accessible à tous les jeunes âgés de 16 à 25 ans, sans condition de diplôme. Parmi les jeunes d’Unis-Cité, par exemple, 17 % vivent dans des quartiers populaires et 38 % n’ont pas le bac. Le service civique est pour eux un tremplin pour reprendre confiance en eux en se rendant utiles aux autres. Ils répondent aux besoins d’éducation à l’environnement et de solidarité. Nous leur offrons l’expérience de l’engagement sur le terrain, avec un cadre, une couverture sociale et une petite indemnité (580 euros par mois, pris en charge à 80 % par l’État). C’est un dispositif qui est clé pour la société et clé pour les jeunes. D’ailleurs, la plupart d’entre eux, une fois leur service civique terminé, d’une part trouvent un job, et d’autre part continuent de s’engager bénévolement dans des associations.

Quelles sont vos propositions pour inventer le monde d’après ?

Avec et après la crise, les besoins sociaux et d’éducation à l’environnement sur le terrain vont augmenter, c’est certain. Le besoin d’engagement des jeunes aussi. Ils l’ont prouvé pendant cette crise, et ils le prouvent de longue date. Il va falloir aussi être en capacité de proposer des solutions positives aux jeunes qui se retrouveront sans rien à la rentrée prochaine… Il me semble qu’il faudrait prévoir un développement massif du service civique dès la rentrée pour proposer davantage de missions de service civique intéressantes aux jeunes.

Demain, il faudra soutenir l’agriculture, l’éducation, l’économie sociale et solidaire. Les jeunes ont un rôle essentiel à jouer dans cette transition. Et puis faire confiance à ce dispositif, c’est aussi faciliter l’insertion des jeunes. 82 % des jeunes qui ont effectué un service civique à Unis-Cité reprennent des études ou trouvent un emploi à la sortie. L’engagement citoyen des jeunes doit aujourd’hui être beaucoup plus valorisé. Sans lui, la société ne pourra pas faire face aux chocs à venir.

 

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