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Manfred Ladwig : « Les forêts labellisées ne sont pas toujours protégées »

Dans le cadre du Deauville Green Awards 2019, nous avions rencontré Manfred Ladwig, coréalisateur de Forêts labellisées, arbres protégés ?. Un documentaire centré sur le Conseil de soutien de la forêt (FSC) et dans lequel il dénonce les pratiques perpétrées dans de nombreuses forêts à travers le monde - comme au Cambodge ou en République démocratique du Congo -, et leur impact sur la biodiversité et les populations locales.
Par Geoffrey Chapelle
Manfred Ladwig : « Les forêts labellisées ne sont pas toujours protégées »
picto_1 Manfred Ladwig : « Les forêts labellisées ne sont pas toujours protégées »

Pourquoi avoir décidé de centrer votre enquête sur le FSC ?
Le FSC est le label le plus puissant parmi les 400 existants autour de la protection des forêts, avec 200 millions d’hectares de forêts certifiés. Son logo figure sur les emballages de nombreux produits de consommation quotidienne et son slogan est « des forêts pour tous, pour toujours ». J’ai donc voulu savoir si c’était vrai, comment fonctionnait ce label et s’il était réellement efficace contre la déforestation massive que subit la planète. Cette enquête permet de répondre à toutes ces questions.

Qu’en avez-vous conclu ?
À travers cette enquête, on en conclut que les forêts labellisées ne sont pas pour autant protégées. Que le fonctionnement du FSC ne peut pas aboutir à une protection totale des arbres. Il faut savoir que le FSC est constitué de trois chambres : les peuples des forêts, les écologistes et les industriels. Toutes ont le même pouvoir en matière de vote. Mais la présidence du label est monopolisée par les industriels. Du coup, ils dominent le jeu. Certaines entreprises ayant conçu des produits à partir de coupes illégales ont même pu conserver leur label… Ce n’est évidemment pas ce que les fondateurs historiques du FSC voulaient. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’ils sont partis.

J’en conclus également que ce documentaire n’a visiblement pas plu à tout le monde. Des peuples pygmées que nous avons rencontrés ont été menacés après le reportage. D’autres ont été achetés par des industriels en leur fournissant de l’électricité contre des hectares… Or, pour ces peuples, les forêts sont des lieux de vie, de chasse, de cueillette et de pharmacie. Ils n’ont jamais été chez un docteur et se soignent avec les plantes que leur fournit la forêt primaire. Leur mode de vie dépend de la forêt et non de l’électricité…

En tant que consommateur, que peut-on faire à notre échelle ?
Réduire drastiquement notre consommation de papier par exemple. La demande en bois a explosé ces dernières années. Aujourd’hui, on produit trop, pour tout et tout le temps. Tout est fait en papier ou en carton comme les supports de communication par exemple. Pourquoi ne pas privilégier le numérique pour la lecture ? Lire ses romans ou ses journaux sur des liseuses ou des e-books. Il faut également, et surtout, que les pouvoirs politiques réinvestissent la question de la déforestation. On a le sentiment qu’ils ont légué ce combat aux scientifiques et aux défenseurs de la nature depuis plusieurs années, mais cela ne suffit pas.

Forêts labellisées, arbres protégés ?

Titre original : Die Ausbeutung der Urwälder : Kann ein Öko-siegel die Forstindustrie stoppen ?

Durée : 1h00

Pays : Allemagne

Producteur : Hans-Michael Kassel / ARD / SWR-SUEDWESTRUNDFUNK

Réalisateur : Manfred Ladwig / Thomas Reutter

Commanditaire : ARTE

Voir le documentaire