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« La pire excuse » : le second degré pour donner envie d’agir

De plus en plus de citoyens sont sensibilisés aux enjeux du dérèglement climatique, mais, pourtant, ils n’agissent pas encore. Qu’est-ce qui coince ? On en a parlé à Grégory Poinsenet, cofondateur de l’association Sorry Children.
Par Philippe Lesaffre
La pire excuse pou justifier la crise environnementale
picto_1 Josef Helie (La pire excuse)

L’association a demandé à des citoyens et à des personnalités engagées et militantes de lui donner la pire excuse qu’il pourrait donner aux enfants pour justifier la crise environnementale (et notre absence d’actions). On peut les découvrir sur le site de cette campagne de sensibilisation par l’humour et le second degré. Entretien confiné.

Pouvez-vous me parler de cette initiative des pires excuses ? Comment l’idée vous est venu ?

Depuis deux ans, on organise des conférences, on les appelle : « Electrochoc ». On joue sur les émotions des gens en entreprise, dans les collectivités. On aborde la question de la responsabilité par rapport à nos enfants. On a créé, pour les conférences, un générateur d’excuses toutes faites par rapport à l’état de la planète qu’on donne à nos enfants. Une manière de se dédouaner de nos responsabilités. Et on a eu envie d’en faire un projet à part, une campagne numérique.

D’où Sorry children, qui propose désormais plusieurs centaines d’excuses pour justifier la crise climatique. Sur la plateforme, lancée en juin 2018, on explique également pourquoi on aura à s’excuser si on ne réagit pas de manière massive et coordonnée. Il y a également une partie dédiée aux solutions : que peut-on faire à notre échelle ?

Les photos ont été prises par le street-artiste bordelais Josef Helie.

Des personnalités pour alerter

Et vous avez contacté des personnalités…

Tout à fait. Des personnes engagées, militantes avec une notoriété. Didier Super, Pablo Servigne, Cyril Dion, Nicolas Hulot, Gilles Boeuf… Actuellement, on a 150 personnalités – en France et à l’étranger – qui donnent leur pire excuse sur le site. Chacun les diffuse via les réseaux sociaux. Le projet a bien marché. On estime que 4 millions de personnes ont vu la campagne, car les personnalités, qui ont relayé, sont bien suivies. Grâce à ces audiences cumulées, on peut alerter le grand public. Et ce, avec du second degré.

Quel est l’intérêt de donner des excuses ?

Les participants à la campagne choisissent leur pire excuse, elle peut être amusante, hilarante, décalée, ironique… Et ils ajoutent une solution, une piste ou une idée pour agir. L’idée est de mobiliser le grand public.

Pourquoi utiliser l’humour et le second degré ? Est-ce mieux pour délivrer un message ?

C’est notre parti pris. Il y a tellement d’informations sur les enjeux du dérèglement climatique, sur ce qu’il convient de faire. Et en même temps il y a peu de réactions. Ainsi, il faut essayer autre chose. Donc l’humour. On a été biberonné à Desproges. Le rire est une arme non utilisée dans notre combat. En fait, il faut tout essayer.

« Il faut des émotions pour changer »

Les gens sont de plus en plus sensibilisés, mais ils ne passent pas à l’acte ? Pourquoi ?

Les informations des scientifiques ne provoquent pas le déclic pour tout le monde, ce n’est pas suffisant. Il faut des chocs, des émotions. En tout cas, c’est ce qui m’est arrivé. J’ai commencé dans le marketing il y a 15 ans, j’avais une sensibilité au vivant, mais j’ai eu des petits chocs qui m’ont poussé à évoluer.

C’est très important. On est des mammifères et on réagit par rapport à des émotions. Sur la pandémie, s’il n’y avait pas de peur immédiate, on n’aurait pas réagi, par exemple.

Je citerais volontiers Sébastien Bohler qui en parle bien (chroniqué par MOUVEMENT UP). La peur de l’info peut mobiliser certains, mais tétaniser d’autres. Ça dépend des gens. On a des mécanismes de déni face aux alertes des scientifiques. Sur certains points, notamment le réchauffement climatique, on a l’impression que cela ne nous concerne pas, cela nous touche pas personnellement. Mais c’est faux, cela touchera nos enfants.

J’aimerais vous faire jouer à un petit jeu rapide : pour préparer le monde d’après, il faut…

Il faut au maximum se débrancher du système actuel se basant sur les énergies fossiles et la disparition du vivant. Il faut construire un autre système, un autre manière de vivre, basée sur la coopération et la résilience.

Sorry Children organise des conférences avec les participants à notre campagne. Ils se demandent comment ce moment particulier de confinement renforce leur pire excuse, et s’interrogent sur le jour d’après, sur les enseignements à tirer. Une fois par mois, sur Youtube. Exemple, ici.

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