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L’océan, protecteur de la planète

L’océan couvre 71 % de la surface de la Terre. Véritable poumon de la planète, il apporte plus d’oxygène que toutes les forêts du globe réunies. La richesse de la biodiversité marine est également un trésor pour l’humanité, mais pour combien de temps encore ?
Par Sandra Coutoux
Poisson clown dans l'océan
picto_1 Crédit : Ray Aucott / Unsplash

L’océan est né il y a 4 milliards d’années, au moment où la température de la planète s’est abaissée, et a entraîné un phénomène de condensation. L’eau s’est alors déversée sous forme de pluies torrentielles pendant des milliers d’années jusqu’à former les lacs, les mers et les océans. Ces vastes étendues d’eau ont abrité les premières traces de vie : les organismes unicellulaires. Ces cellules primitives se sont développées pendant près de 2,2 milliards d’années, avant de donner naissance aux premières espèces de poissons et d’algues.

Si l’océan est le berceau originel de la vie, c’est aussi grâce à lui que nous respirons. Il abrite en effet un peuple invisible à l’œil nu : le plancton, composé d’organismes microscopiques qui flottent à la surface des mers et océans. Grâce au processus biologique de la photosynthèse, ces organismes ont la faculté d’absorber le CO2 présent dans l’atmosphère et de le transformer en oxygène. De nombreuses espèces qui consomment ce phytoplancton stockent le carbone dans leur squelette, qui reste au fond de l’océan après leur mort. L’océan absorbe ainsi un quart du gaz carbonique émis par les activités humaines et joue un rôle de régulateur thermique essentiel en absorbant plus de 90 % de l’excès de chaleur accumulé dans l’atmosphère.

L’océan, un gardien du climat menacé

Mais cette quantité de chaleur stockée a aujourd’hui des répercussions sur la fonte des glaces et sur le niveau de la mer. Les scientifiques ont confirmé que 2018 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée pour l’océan. Un rapport de l’Organisation météorologique mondiale met en exergue « la hausse record du niveau de la mer et les températures exceptionnellement élevées observées ces quatre dernières années à la surface des terres et des océans ».

« Un océan plus chaud risque d’engendrer des ouragans et des tempêtes plus puissants », observe Grégory Beaugrand, bioclimatologue marin, directeur de recherche au CNRS et membre du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Ce scientifique travaille sur l’impact des changements climatiques sur la biodiversité marine et les systèmes biologiques océaniques. Il estime que si le réchauffement de la planète reste en dessous de la limite des 2°C, l’océan subira peu de modifications. En revanche, si les rejets de gaz à effet de serre continuent d’augmenter au rythme actuel, les conséquences sur la température de l’océan et la biodiversité marine pourraient être sévères d’ici 2100. « Les mouvements biogéographiques de poissons vont changer l’équilibre des écosystèmes marins. Certaines espèces de poissons risquent de disparaître au profit d’autres moins bénéfiques pour l’exploitation ; certains pourraient même être toxiques ou impropres à la consommation. Ces mouvements biogéographiques risquent de déséquilibrer la filière de la pêche dans le monde », poursuit Grégory Beaugrand.

Franck Lartaud, biologiste marin et directeur adjoint de l’observatoire océanologique de Banyuls, rappelle également que le réchauffement de l’océan va être source de déséquilibres : « Les coraux exposés à un degré supplémentaire ne survivront pas. Ils sont pourtant importants, car ce sont les habitats naturels de nombreuses espèces qui viennent s’y reproduire. S’ils disparaissent, les écosystèmes seront impactés. »

La biodiversité marine, un trésor encore méconnu

L’océan regorge d’espèces et d’organismes au fort potentiel, notamment thérapeutique. Fin 2018, des chercheurs toulousains du laboratoire Synthèse et physico-chimie de molécules d’intérêt biologique, en partenariat avec le Laboratoire de chimie de coordination (LCC) et l’Institut de pharmacologie et de biologie structurale (IPBS), ont annoncé avoir mis au point « une super molécule » capable de détruire les cellules cancéreuses. Pour y arriver, les scientifiques ont augmenté les propriétés naturelles d’une éponge marine présente dans les profondeurs des Caraïbes. La découverte de la spongouridine, extraite également d’une espèce d’éponge de mer, a déjà abouti à la mise au point de médicaments antirétroviraux comme l’AZT pour le traitement du sida, ou encore l’Ara-C, utilisé pour ralentir la prolifération des cellules malignes dans les cas de leucémie.

Le potentiel thérapeutique de la biodiversité marine est vertigineux, car il reste encore beaucoup de molécules à découvrir. « On connaît mieux la surface de la lune, que les fonds marins. Seules 200 000 espèces marines ont été répertoriées à ce jour alors que l’océan en abrite plusieurs millions », rappelle Grégory Beaugrand. Des entreprises privées ont bien compris l’enjeu et multiplient les financements de programmes de recherche. Le marché mondial de la biotechnologie marine est en effet en pleine expansion et devrait atteindre 6,4 milliards de dollars d’ici 2025.

Actuellement, près de la moitié des brevets concernant les séquences génétiques des microorganismes, d’algues ou d’animaux marins sont détenus par le groupe allemand leader de la chimie dans le monde, BASF. De nombreux États craignent d’être exclus d’un certain nombre de découvertes. Le partage des ressources génétiques marines constitue un autre enjeu à venir, notamment dans le cadre du futur traité international sur la haute mer, actuellement en négociation, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU).