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L’indicateur de vie heureuse, une alternative au PIB ?

Trois chercheurs français en économie et psychologie proposent de mesurer l'impact des politiques publiques avec un nouvel indicateur, l'indicateur de vie heureuse, longue et soutenable. Parmi eux, Renaud Gaucher, expert en psychologie positive, nous explique pourquoi cet indicateur alternatif peut être intéressant à l'heure de la transition écologique.
Par Sandra Coutoux

Pourquoi est-il important de proposer un indicateur complémentaire au PIB ?

Le produit intérieur brut (PIB) est un indicateur économique qui évalue la richesse produite par un pays. C’est un indicateur strictement matériel qui ne dit rien du niveau de bonheur d’une population. Des études ont certes démontré que les citoyens d’un pays riche avaient un niveau de bonheur plus élevé que ceux des pays pauvres, mais, au-delà d’un certain seuil, plus de richesse n’est pas forcément associé à plus de bonheur. Notre indicateur repose sur une question : qu’est-ce qui est important pour nous, pour notre vie ? Dit autrement, quels sont les buts ultimes que nous nous donnons ? À cette question, nous avons répondu que ce qui était important était d’avoir une vie heureuse et longue, et qui n’empêche pas les générations suivantes d’avoir des vies tout aussi heureuses et longues que les nôtres.

Comment avez-vous défini le bonheur, dans le cadre de cet indicateur ?

Nous avons défini le bonheur comme le fait d’aimer la vie que l’on mène. Plus une personne aime la vie qu’elle mène, plus elle est heureuse. C’est une définition dans laquelle chacun peut se retrouver et qui respecte la liberté de chacun, en n’imposant pas une image de ce que doit être une vie heureuse. Nous considérons aussi qu’il y a un appel moral à réduire la souffrance. Ce sont les citoyens qui ne sont pas heureux de vivre la vie qu’ils mènent qui devraient retenir l’attention des pouvoirs publiques. Il nous semble plus important de dégager des moyens pour réduire la souffrance plutôt que d’augmenter le bonheur de ceux qui sont déjà heureux.

Quels sont les autres objectifs de l’indicateur ?

Certains indicateurs mesurent l’espérance de vie. Nous avons préféré nous concentrer sur la mesure des années potentielles de vie perdues. C’est une mesure peu connue, qui s’intéresse aux morts précoces. Toute personne qui meure avant 70 ans perd des années, par exemple : 5 ans pour une personne qui meure à 65 ans. En l’utilisant, l’objectif est d’encourager la réduction des morts prématurées, plutôt que d’allonger la durée de vie. Notre indicateur s’intéresse aussi à la soutenabilité et mesure le ratio entre la bio-capacité d’un pays, c’est-à-dire la capacité de son territoire à générer une offre continue en ressources renouvelables et à absorber les déchets découlant de leur consommation, et son empreinte écologique. Cela permettrait de guider les politiques publiques vers davantage de résilience locale.

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