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Lettre à tous ceux qui veulent changer de vie

Pedro Correa, ancien ingénieur, diplômé d'un doctorat en sciences appliquées, a changé de vie pour suivre sa passion et devenir photographe. En novembre 2019, il sort de l'anonymat en prononçant un discours à l'École polytechnique de l'Université de Louvain (Belgique), qui fera 10 millions de vues sur les réseaux sociaux. Dans son discours, il s'interroge sur le sens de la réussite et invite les futurs ingénieurs à se libérer des injonctions de la société pour vivre une vie alignée avec leurs valeurs. Dans son livre Matins clairs publié aux éditions L'Iconoclaste, il raconte son propre cheminement qui l'a conduit à changer de vie.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Joanna Kosinska / Unsplash

« Un burn-out ou une dépression peuvent être les symptômes d’un réveil à une vie plus juste pour soi »

Qu’est-ce qui nous empêche de vivre une vie qui nous ressemble vraiment ?

Notre époque est aux prises avec un terrible paradoxe, celui de vouloir à tout prix préserver et allonger nos vies, tout en les passant terrés dans des bunkers émotionnels, financiers et sanitaires. Nous nous mettons à l’abri de tout, mais aussi du risque d’être heureux. Le modèle néolibéral dans lequel nous vivons a placé le progrès matériel au centre de toute chose, et a totalement occulté l’amour, la joie, le bonheur qui sont au cœur de notre humanité. De nombreuses personnes suivent un modèle de réussite transmis par la société, la publicité, les médias, le système économique et éducatif qui vise à valoriser le pouvoir, l’accumulation de biens et la performance au détriment parfois de son propre bien-être.

L’explosion des burn-out ou des dépressions témoignent d’un malaise profond. Souvent les gens qui vivent ces difficultés se sentent coupables. On leur renvoie qu’ils sont faibles et inadaptés alors qu’en réalité, c’est le système qui est inadapté. Un burn-out ou une dépression peuvent être les symptômes d’un réveil à une vie plus juste pour soi. Dans mon cas, c’est la mort brutale de mon père qui a été le déclencheur de mes prises de conscience. La perte m’a convaincu qu’il fallait être digne de la vie. J’ai alors entamé un processus de 10 ans qui m’a conduit à quitter un mariage et un métier dans lesquels je ne me reconnaissais plus. Aujourd’hui, je suis photographe et j’ai construit une vie qui me ressemble, où je peux être pleinement moi-même.

Quels conseils donner à ceux qui se sentent en pleine remise en question ?

Personnellement, je n’ai pas tout quitté d’un seul coup, ma transition, avant de me lancer pleinement en tant que photographe, a duré trois ans. Je travaillais toujours dans les bureaux d’une grande banque en Belgique, quand j’ai traversé ce que beaucoup appellent la dark night of the soul, la nuit noire de l’âme, une période de transition après l’éveil. Il faut se dire que ce n’est pas grave de voir disparaître toutes nos certitudes, ce n’est pas grave de se sentir perdu, tout cela n’est que transitoire. Le plus important est de demander de l’aide.

La société nous dit qu’on doit porter ses fardeaux seuls, il n’y a rien de plus faux. C’est normal de demander de l’aide. En suivant une thérapie, j’ai fait le tri entre mes blessures et mes forces, et j’ai pu mieux me connaître. Échanger avec des amis qui me comprenaient m’a beaucoup aidé. Ce n’est pas un hasard si de nombreux lecteurs me remercient, surtout en me disant que mon témoignage les a aidés à se sentir moins seuls dans la tourmente. Le plus important est de sortir de cette injonction à la perfection et à la force. Pleurer n’est pas un signe de faiblesse, c’est un signe d’humanité.

Dans votre livre, vous vous adressez à la nouvelle génération en quête de sens…

Dans le discours que j’ai partagé face à des jeunes ingénieurs, j’ai écrit une lettre d’amour à cette jeune génération qui se trouvait devant une bifurcation pouvant mener à l’autoroute du profit, ou à leurs rêves. C’était aussi une invitation à l’éveil, à rejoindre le mouvement de ceux qui sortent des rails qu’on leur a assignés. Nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses, quel que soit notre âge, à ne plus nous reconnaître dans un système qui saccage toutes les ressources, y compris les ressources humaines. Nous sentons, au plus profond de nous, que la collaboration, la douceur, la solidarité, la mesure, le respect, sont essentielles et devraient être placées au cœur de nos sociétés. Nous ressentons que c’est, aujourd’hui, une question de survie. Les symptômes de malaise de nos malaises intérieurs nous alertent sur l’urgence de changer notre rapport à nous-mêmes, aux autres et à la vie. C’est de cela dont je témoigne dans mon livre, de cette capacité que nous avons tous à créer une vie plus heureuse, plus alignée à nos valeurs. Il est peut-être temps d’apprendre à vraiment s’écouter. Cela passe par l’écoute de son mal-être et aussi par l’écoute de ses passions.

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