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Les experts du Giec inquiets pour l’avenir de l’humanité

Pénurie d’eau, exode, malnutrition, extinction d’espèces… La vie sur Terre pourrait être sérieusement bouleversée par le dérèglement climatique bien avant que les enfants nés en 2021 ne fêtent leurs 30 ans, selon la première synthèse du rapport du Giec, qui sera rendue publique en février 2022.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Nagy Arnold / Unsplash

Les impacts du réchauffement climatique sur la nature et l’humanité vont s’accélérer, assurent les experts du Giec et ils seront ressentis bien avant 2050. « Si la vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur, en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes, l’humanité ne le peut pas », note le résumé technique de 137 pages, rédigées par des centaines de scientifiques, rattachés au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), obtenu en exclusivité par nos confrères de l’AFP.


Le rapport du Giec a depuis 30 ans vocation à éclairer les décisions politiques. Aujourd’hui, il est plus alarmiste que le précédent, publié en 2014. Selon l’Organisation météorologique mondiale, la probabilité que ce seuil de +1,5°C sur une année soit dépassé dès 2025 est déjà de 40%. Même si des décisions sont prises aujourd’hui pour réduire les émissions de CO2, les experts sont unanimes pour dire que le climat a déjà changé.

La biodiversité déjà impactée

Pour certains animaux et variétés de plantes, il est peut-être même déjà trop tard : « Même à +1,5°C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter », souligne le rapport, citant les récifs coralliens dont un demi-milliard de personnes dépendent. Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l’Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne. Sur place, des modes de vie ancestraux, des peuples vivant en lien étroit avec la glace pourraient aussi disparaître.

 Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation

Le danger des effets en cascade

En 2050, des centaines de millions d’habitants de villes côtières seront menacés par des vagues-submersion plus fréquentes, provoquées par une hausse du niveau de la mer, qui entraînera à son tour des migrations importantes. À +1,5°C, dans les villes, 350 millions d’habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d’eau, 400 millions à +2°C. Et avec ce demi degré supplémentaire, 420 millions de personnes de plus seront menacées par des canicules extrêmes. Toujours selon l’AFP, certaines régions (est du Brésil, Asie du Sud-Est, Chine centrale) et presque toutes les zones côtières pourraient être frappées par trois ou quatre catastrophes météo simultanées, voire plus : canicule, sécheresse, cyclone, incendies, inondation, maladies transportées par les moustiques…

Sauver les puits de carbone

La synthèse des experts note cependant que la conservation et la restauration des mangroves et des forêts sous-marines de kelp, qualifiées de puits de « carbone bleu », pourrait accroître le stockage du carbone, et nous protéger aussi contre les submersions, tout en fournissant un habitat à de nombreuses espèces et de la nourriture aux populations côtières. Pour orienter la destinée de l’humanité vers un futur vivable, les experts sont unanimes : « Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation. »

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