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Les chantiers du gouvernement pour une relance verte

Au lendemain de l’installation du nouveau gouvernement et quelques jours après la remise des conclusions de la Convention citoyenne, le Haut Conseil pour le Climat, instance indépendante, a égratigné les actions de l’exécutif visant à lutter contre le réchauffement climatique.
Par Philippe Lesaffre
Macron et les 150 citoyens
picto_1 Emmanuel Macron devant les 150 citoyens de la Convention climat (capture d'image YouTube)

« Le défi climatique nous impose de faire beaucoup plus », avait lancé le chef de l’État, au lendemain du second tour des municipales, devant les 150 citoyens pour le climat réunis à l’Élysée. « L’urgence est là » et « nous devons aller beaucoup plus loin », a-t-il poursuivi quelques heures après le succès des écolos dans plusieurs villes de France.

Deux semaines plus tard, le remaniement a été annoncé. Et Barbara Pompili, nommée ministre de la Transition écologique (titre auquel n’est plus accolé le qualificatif de « Solidaire »), a du pain sur la planche. D’autant que le Haut Conseil pour le Climat (HCC), instance indépendante créée par Emmanuel Macron, vient de tacler les actions entreprises par l’exécutif.

« Pas à la hauteur »

Chargé d’évaluer la stratégie française de lutte contre le réchauffement climatique, le HCC estime que les initiatives du gouvernement ne sont « pas à la hauteur des enjeux ni des objectifs que la France s’est donnés ». Le Haut Conseil pour le Climat « constate des progrès dans la gouvernance, un accroissement des annonces, mais pas d’avancée structurelle quant au rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre ». En 2019, celles-ci n’ont reculé que de 0,9 %. C’est une baisse similaire à la moyenne des années précédentes. Et c’est encore très loin des « 3 % attendus à partir de 2025 ». Les quatre principaux secteurs émetteurs demeurent le transport (30 %) puis l’agriculture, le bâtiment et l’industrie (entre 18 et 20 % chacun).

« Bouger les choses »

Pour y remédier, et en vue de « décarboner nos modes de vie » et de « mieux respecter le vivant », dixit Barbara Pompili, l’ancienne membre des Verts, ralliée en 2017 à Emmanuel Macron, est entourée d’Emmanuelle Wargon (ministre déléguée au Logement) et de Jean-Baptiste Djebbari (Transports). Sans compter d’éventuels secrétaires d’État, qui seront nommés plus tard. Elle a déclaré, le 8 mai à l’Assemblée nationale, vouloir « faire bouger les choses » en compagnie d’autres ministres, citant Bruno Le Maire à l’Économie, Julien Denormandie, à l’Agriculture, ou encore Élisabeth Borne au Travail.

 « Une chance inouïe »

Dans un premier temps, elle se chargera de « concrétiser les travaux » de la Convention citoyenne. Barbara Pompili aura à traduire les propositions de cette instance, le chef de l’État ayant déjà promis une grande loi d’ici la fin de l’été. Et, pourquoi pas, la tenue de référendums sur quelques mesures recommandées par les 150 citoyens, en particulier la proposition portant sur une modification de la Constitution (intégration de la notion de défense de la biodiversité).

Parmi les chantiers, il y aura celui de la rénovation thermique. D’après la Fédération nationale de l’immobilier, celle-ci « représente une chance inouïe pour la relance et doit être une priorité ». La Convention demande d’ailleurs que ce soit une obligation d’ici 2030 pour les passoires thermiques. Le HCC confirme : en effet, « la rénovation énergétique doit être massifiée » et « l’État doit aider à développer un marché de rénovations globales intégrant le conseil, le suivi, le financement, le contrôle, ainsi que la formation ».

La ministre de la Transition devra en outre avancer sur « la lutte contre l’artificialisation« . Un sujet sur lequel Barbara Pompili s’était engagée en signant, en juin dans Libération, une tribune contre le développement des projets de mégacentres de tri, comme ceux d’Amazon. Emmanuel Macron, de son côté, a accepté le principe, cher à la Convention citoyenne, de moratoire sur les constructions de zones commerciales en périphérie des villes, lui qui a déjà acté, a-t-il redit le 29 juin, le principe du « zéro artificialisation nette ». « Changer l’espace de notre pays, son aménagement, a-t-il estimé, c’est le rendre plus humain.»

Transports et énergies

En ce qui concerne le secteur des déplacements, périmètre porté par Jean-Baptiste Djebbari, le HCC recommande de focaliser le plan de relance sur les transports doux et les transports en commun, notamment le transport ferroviaire, car celui-ci est « porteur de fortes réductions d’émissions ». Pour l’instance, il serait possible notamment de « rattraper le retard d’investissement structurel qu’il a subi » ces dernières années. Enfin, le Haut Conseil appelle de ses vœux une « meilleure évaluation des effets directs et indirects du télétravail » qui « permettra de valoriser ce levier dans les déplacements du quotidien ».

Le Haut Conseil propose, par ailleurs, d’investir massivement dans les énergies renouvelables. Barbara Pompili a plusieurs fois tenu à marteler ses positions anti-nucléaires, quand elle était députée (LREM).

Robert Poujade, le premier ministre de l’Environnement sous la 5e République (décédé en avril dernier), avait parlé de « ministère de l’impossible » dans un livre paru en 1975. Barbara Pompili saura-t-elle démentir son lointain prédécesseur, et fuir les lobbies, une tâche à laquelle Nicolas Hulot avait échoué dans la première partie du quinquennat ?

Et l’agriculture dans tout ça ?

Selon le HCC, l’agriculture « n’est pas structurellement engagée vers la trajectoire bas-carbone » et « les investissements de relance peuvent soutenir les transformations nécessaires du secteur en intégrant les objectifs climatiques. La valorisation du stockage de carbone dans les sols, le développement d’une stratégie pour les protéines végétales, de pratiques agroécologiques pour l’élevage, et la modification de l’offre des produits alimentaires dans les objectifs environnementaux ou de santé publique sont des actions réalisables dans le cadre européen de la PAC et du Pacte vert qui permettraient de s’engager sur la bonne trajectoire à l’horizon 2030 ».

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