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“L’Eau vive” : ces citoyens se sont battus pour leur fleuve

Le photographe Alain Bujak a rencontré d’anciens opposants au projet de barrage de Serre de la Fare, en Auvergne, annulé après une longue bataille citoyenne. 30 ans après, il raconte dans une BD, paru chez Futuropolis, ce combat citoyen mené par des hommes et des femmes, attachés au fleuve et à leur territoire. L'album a été lauréat en janvier dernier du prix Tournesol, décerné en marge du festival d'Angoulême par le parti EELV.
Par Philippe Lesaffre
picto_1 Crédit : Damien Roudeau

C’est l’histoire d’un combat, d’une aventure, celle d’hommes et de femmes attachés à leur territoire de la Haute-Loire, qui ont bataillé contre le projet de barrage de Serre de la Fare à partir de la fin des années 80.

Trois ans après une grosse crue dévastatrice et meurtrière en 1980, Jean Royer, ex-maire de Tours (aujourd’hui disparu), prend la tête de l’Établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents et porte le projet visant notamment à « booster l’économie » et le tourisme en bord de fleuve. Il évoque l’idée de construction d’une base nautique via une retenue d’eau, comme le raconte l’auteur de la BD L’Eau vive.

Pour Jean Royer, « la nature n’a pas à contrarier le progrès ». Sauf que de nombreux citoyens sont loin d’être de cet avis. Le barrage est, selon eux, de nature à menacer les gorges de la Loire, les habitats naturels, les poissons du fleuve seraient en danger.

Une longue bataille s’annonce, au départ dans la plus grande discrétion. Elle doit passer par plusieurs voies. Elle est d’abord juridique, les opposants vérifient que tout se déroule dans les règles de l’art et n’hésitent pas à pointer du doigt les failles, quand par exemple les mairies ne respectent pas l’obligation d’afficher les avis d’enquête publique concernant le projet de barrage.

Un campement jusqu’à la victoire

Comme le raconte le photographe Alain Bujak, l’auteur de L’Eau vive, les opposants écologistes comprennent vite qu’il faut également tenter de médiatiser la cause (ils seront aidés pour cela par des ONG environnementalistes, le WWF, et France Nature Environnement). Ils s’engagent dans des actions non violentes. Pour éviter l’arrivée des engins et le démarrage des travaux, ils installent un campement sur le lieu du futur chantier, en 1988. Et, malgré les intimidations, comme des coups de feu tirés le premier soir, ils y resteront nuit et jour pendant cinq ans.

L’album, tel un reportage, raconte l’occupation du site, la vie au quotidien, la solidarité entre membres de cette aventure, les bons moments, comme les plus difficiles, les interrogations, les doutes, les échanges avec des opposants d’autres projets, même à l’étranger, les débats sur l’intérêt de monter une liste aux municipales par exemple. Ils vont passer à l’acte en 1989, et obtiendront à la surprise générale 22 % au second tour, ce qui suscitera la curiosité des médias y compris nationaux, qui rendront compte de l’actualité du combat. Et ce, jusqu’à la victoire et l’abandon du projet par le gouvernement.

L’Eau vive, Alain Bujak, Damien Roudeau