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Le défi de la pollution numérique

L’industrie du numérique, présentée comme un levier d’action face à la crise écologique, engendre, elle aussi, une pollution bien réelle. Le journaliste Guillaume Pitron - auteur de La Guerre des Métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique -, revient avec nous sur les causes et les solutions à cette pollution, inhérente au développement des nouvelles technologies.
Par Antonin Padovani
La Terre vue de l'espace
picto_1 NASA

Quelles formes de pollution se cachent derrière nos écrans ?

La pollution numérique est générée par l’usage des produits et des infrastructures numériques. C’est une pollution matérielle d’une part, monopolisée pour fabriquer l’ensemble de l’infrastructure numérique, de votre téléphone portable au réseau Internet. D’autre part, il faut une production énergétique immense pour faire tourner tout ça. Quand vous envoyez un email par exemple, vous avez le sentiment qu’il n’y a rien derrière. Mais l’envoi d’une pièce jointe d’un méga équivaut à l’émission de 20g de CO2. À côté, une voiture à essence en émet 120g par kilomètre.

 

Qu’est-ce que l’« effet rebond » ?

Les technologies sont de moins en moins chères et présentées comme moins polluantes. Ainsi, les avancées possibles sont annihilées par notre excès de consommation : c’est l’effet rebond. La transition énergétique, basée sur l’énergie verte, vient par exemple compenser l’augmentation de nos besoins en électricité. Si la technologie est présentée comme une solution, nous consommerons et polluerons davantage.

La fuite en avant technologique est un relais de croissance, mais n’est-il pas légitime de se demander en quoi cela est bénéfique pour l’intérêt général, et la sauvegarde de l’environnement ?

Faut-il mettre en place des filières de recyclage pour les équipements ?

La question de l’économie circulaire et du recyclage est importante. Elle porte sur la manière dont on peut recycler les matériaux, pour éviter le recours à la mine notamment. Aujourd’hui, les processus de recyclage s’améliorent. Si on arrivait à recycler tous les métaux qu’on utilise, on aurait moins de besoins. Un téléphone composé avec 50 % de métaux recyclés, ce serait déjà un vrai progrès.

 

Concernant nos usages, doit-on se diriger vers une sobriété numérique ?

La fuite en avant technologique est un relais de croissance, mais n’est-il pas légitime de se demander en quoi cela est bénéfique pour l’intérêt général et la sauvegarde de l’environnement ? L’idée d’une sobriété numérique pose l’enjeu des usages. C’est une vraie question de société, une question politique. Je ne suis pas anti-progrès. Je vis avec mon temps, conscient que tout discours hors de ce monde est difficilement audible. Il ne faut être ni technophobe, ni « technobéat ». Il y a un équilibre entre ces deux positions extrêmes, de la place pour innover, aller vers des technologies plus efficientes et plus résilientes. Le combat est à mener sur ces deux plans.

POLLUTION NUMÉRIQUE : LA RÈGLE DES TROIS-TIERS

Dans son livre, Guillaume Pitron évoque la règle des trois-tiers, sur laquelle les experts s’accordent pour désigner le spectre des pollutions numériques :

  • Le premier tiers comprend la production et le fonctionnement de nos équipements : ordinateurs, téléviseurs, smartphones, mais aussi les objets connectés dont l’usage se généralise.
  • Le deuxième tiers inclut les data centers, entrepôts géants qui stockent les masses de données générées par nos activités sur Internet. Des structures d’autant plus énergivores qu’elles dégagent de fortes chaleurs qu’il faut refroidir.
  • Le dernier tiers concerne l’infrastructure qui relie toutes ces innovations, c’est-à-dire les câbles, antennes et routeurs qui, sur terre, sous l’eau et dans les airs, connectent tous nos équipements au réseau Internet.

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