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Il part nettoyer la Loire à bord de son radeau

Rémi Camus et deux autres personnes descendent la Loire (pendant 12 jours) au bord d'un radeau pour sensibiliser à la question de la pollution et des déchets. Pour lui, ce n'est pas une première. Mouvement UP a voulu comprendre d'où vient son engagement, avant son départ.
Par Philippe Lesaffre
picto_1 Crédit : Trash spotter

Quand vous lirez cet entretien, Rémi Camus, 35 ans, sera dans l’eau. Avec deux complices, le photographe Adrien Cavagna et le vidéaste Valentin Lam, ils descendent la Loire sur un radeau, pour sensibiliser sur la pollution et les déchets qui s’y trouvent. Grâce à l’application Trash Spotter, ils pourront aider à la collecte ainsi qu’au nettoyage. Ce n’est pas son premier coup d’essai. Après avoir traversé l’Australie en courant pour rejoindre une communauté d’aborigènes, il a réalisé la descente du Mékong (entre le Laos et le Cambodge) à la nage avant de se lancer dans un tour du littoral français (toujours à la nage). Il nous a accordé un entretien avant le grand départ et son aventure qui durera 12 jours (entre le sud de la Nièvre et Orléans).

“Pour sauvegarder la planète, il faut témoigner”

Rémi Camu, pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ? Qu’est-ce qui vous motive ?

La Loire est un fleuve emblématique de France, le plus long. Et, en période de pandémie, c’était plus facile d’organiser ce type d’évènement qu’à l’étranger, comme je le fais d’habitude. Et je me suis dit qu’il était intéressant de valoriser notre patrimoine et de rester sur l’engagement sur la préservation de l’environnement et l’eau en particulier. Donc, l’idée est de témoigner au fil de l’eau ; il y aura des images, puisque je descends avec un vidéaste et un photographe sur un radeau. C’est un moyen non motorisé, du coup, il faut se débrouiller face au courant. Parfois, il y a peu de profondeur, on va devoir s’amuser pur faire passer le radeau. Je l’espère pas, mais parfois il faudra peut-être mettre le pied dans l’eau. On a d’ailleurs acheté le matériel et construit le radeau au cas où on s’en resservirait plus tard.

Quel est l’objectif, concrètement ?

Je souhaite inciter les gens à venir à notre rencontre, soit pour participer à l’aventure quelques heures, sur un bateau, un paddle, ou sur notre radeau, ou pour échanger chaque soirée, en bivouac.

Les personnes qui s’inscrivent (sur les réseaux sociaux) sont des amoureux de la nature, des gens que j’ai rencontrés par exemple à mes conférences, qui sont sensibles au messages que je véhicule. Des adultes qui viennent, pour certains, avec leurs enfants.

Comment le public participe-t-il ?

On pourra discuter de l’état des rivières, de la pollution, des déchets. De ce que j’ai vu lors de mon tour de France à la nage, il y a du boulot. Mais ce n’est pas tout. On pourra ramasser ensemble des déchets (dans la mesure du possible, puisque l’on ne dispose pas d’une place infinie). Il y aura des temps de collecte au fil de la descente. On veut apporter notre goutte d’eau sur cette forêt en feu, c’est notre part du colibri.

Et pour les déchets que vous ne pourrez pas récupérer, que faire ?

On est partenaires de l’application Trash Spotter, qui permet d’informer sur les déchets trouvés en temps réel, on pourra donc indiquer ce qu’on trouve, prendre une photo, apporter des informations sur l’accessibilité pour faciliter le travail de nettoyage. L’application est en lien avec des associations locales et, ainsi, elles pourront mettre en place des collectes.

Une aventure de la sorte permet-elle d’attirer et de sensibiliser davantage ?

Cela suscite l’intérêt. De manière générale, l’exploit sportif attire des curieux. On peut faire ainsi passer le message (ce qui est le plus important). Durant le tour de France à la nage, j’avais pu toucher 23 000 personnes, c’est beaucoup.

J’ai visité des contrées très lointaines, et il manque autant d'infrastructures que de choix politiques

Qu’est-ce qui vous a marqué parmi vos aventures ?

Je ne sais pas, j’ai toujours été émerveillé par l’humain mais, à l’inverse, l’être humain peut aussi faire peur. J’ai visité des contrées très lointaines, et il manque autant d’infrastructures que de choix politiques, parfois. Bref, il y a beaucoup à faire.

Quel a été votre déclic ?

Au départ, j’ai été maître d’hôtel dans la restauration, puis je suis tombé sur un récit de voyage qui m’a bouleversé. J’ai alors tout plaqué et suis parti en Australie, afin de comprendre les aborigènes. Au départ, je suis parti dans une volonté de dépassement de soi. Je me suis retrouvé dans le désert, j’ai été affecté par le manque d’eau. Et j’ai été contraint de boire mon urine. J’ai vécu quelque chose d’incroyable, difficile ; or, j’ai réalisé que des personnes en souffraient toute leur vie et pas juste pendant une période temporaire (comme moi).

Souvent, une personne qui se bat pour une cause a été touchée par cette cause. Par exemple, un homme s’investit dans la lutte contre le cancer du sein car une proche (une mère, une amie, un enfant) en a souffert. Ainsi, en rentrant de ce périple, fort de mon expérience, j’ai décidé de prendre la parole. Il faut sauvegarder cette planète, et pour lutter, il faut en parler. Donc j’ai commencé à témoigner notamment à l’école.

Et quels sont les retours ?

Cela dépend de l’âge, les jeunes sont souvent émerveillés par les animaux et les exploits sportifs. C’est touchant. Et puis la pollution, cela les irrite, ils disent que c’est sale. Je réponds que ce n’est pas toujours de la faute des gens, il manque parfois de l’information et des infrastructures, surtout. Et on a aussi de nombreuses décharges chez nous. Après mes interventions à l’école, les enfants en parlent. Et les profs me rapportent qu’ils ont ensuite « de quoi travailler » avec eux.

Que prévoyez-vous par la suite ?

J’ai un nouveau projet pour 2022. Je vais nager de Calvi à Monaco (170 km) en autonomie avec une plateforme que je vais tracter pour la nourriture et mon couchage. Je m’entraîne déjà dur. J’ai prévu par exemple une traversée du lac Léman et une partie du Rhône cet hiver pour m’entraîner au niveau de la résistance au froid et sur la distance.