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François Couplan : « On doit abandonner notre place du centre du monde »

L’ethnobotaniste François Couplan nous invite, dans cet entretien, à nous reconnecter à la nature. Il en va de la survie de notre humanité.
Par Philippe Lesaffre
Les plantes et les humains
picto_1 Crédit : Vero Photoart / Unsplash

Depuis le 11 mai, les promenades, dans un rayon de moins de 100 km du domicile, sont à nouveau autorisées. L’occasion de prêter attention aux végétaux que l’on croise sur le chemin ? Durant les derniers jours de confinement, MOUVEMENT UP s’est entretenu avec François Couplan, ethnobotaniste et auteur de l’ouvrage Ce que les plantes ont à nous dire (Les liens qui libèrent, 2020). Selon François Couplan, nous avons besoin urgemment de nous reconnecter à la nature, et vivre (enfin) en harmonie avec elle. Mais comment y parvenir ?

 

Pourquoi a-t-on zappé les herbes sauvages ?

Nous, les humains, sommes sensibles à cette notion de statut social. Et on a attribué aux plantes un statut inférieur. C’est un truc de pauvres. Cela date du Moyen-Âge.

 

Pourquoi dit-on les mauvaises herbes ? Qu’est-ce que cela dit de nous ?

C’est lié à notre désir de prendre le pouvoir sur tout, y compris la nature. Et, à partir du moment où une plante arrive par elle-même sans avoir été invitée, là où l’on voudrait qu’il y ait autre chose, par définition, cette plante n’est pas bonne, donc elle est mauvaise.

 

C’est lié aussi à un manque d’information ?

C’est évident. Il faut parler de tout ça, sortir et observer la nature. Et pas seulement à l’école. Partout.

 

Pourquoi n’en consomme-t-on pas plus ? Elles sont pourtant comestibles, nourrissantes, dites-vous…

On consomme non pas des aliments mais des symboles. Sinon, on n’irait pas dans les fast-foods, symbole de la puissance américaine. Concernant les plantes sauvages, c’est le symbole de la pauvreté. Pour ma part, pour me nourrir, j’ai juste besoin de descendre dans le jardin cueillir quelques plantes sauvages, d’ajouter un peu de fromage, des œufs ou alors du poisson, des oignons, de l’ail, de l’huile d’olive. Et c’est tout.

Les connaissances se sont perdues.

Vous vous passionnez pour les plantes sauvages depuis de nombreuses années. Comment cela vous est-il tombé dessus ?

J’ai commencé à ramasser des plantes avec ma mère qui était alpiniste. C’était une activité normale, ramasser des fraises, des framboises, des pissenlits, des champignons…

 

Mais on le fait de moins en moins, non ?

Oui, les connaissances se sont perdues. Les gens ont peur, en Occident. Or, cela se fait encore dans de nombreuses régions, dans de nombreux endroits du monde. Néanmoins, j’ai commencé à travailler avec le chef Marc Veyrat et, depuis, davantage de chefs utilisent les plantes sauvages aux fourneaux. Mais pas assez, encore, je trouve.

 

Pourquoi ?

Les cuisiniers ne connaissent pas bien ces plantes sauvages. Il faudrait qu’ils prennent le temps de les observer. Mais, le temps, on en manque cruellement. Je leur dis : « Posez-vous à côté d’une plante, regardez et sentez-la. Demandez-vous ce que vous ressentez. » Les gamins le font tout seuls…

Les plantes, c’est au final un support de réflexion pour arriver à comprendre ce que je fais sur Terre.

Pourquoi est-ce si important de s’en préoccuper ?

Pour nous sauver nous-mêmes. On abîme la planète, mais, pour limiter les dégâts, on a besoin d’abandonner notre place du centre du monde, à partir de laquelle on s’arroge le droit sur les éléments de la nature. Puis, ce serait bien de pouvoir observer, et s’interroger. Quels sont les éléments de la nature ? Les plantes, les animaux ? Ok, mais on parle de quoi ? Ce sont les chiens et les chats ? Oui, mais encore ? Les renards, les chauves-souris, qui transmettent des virus ? Ah oui… Et les fleurs, elles se développent comment ? Les bleuets, par exemple, comment sont-ils constitués ?

 

Les plantes sont pourtant si proches de nous, si présentes au quotidien. Elles poussent même sur les trottoirs…

Peut-être pas les bleuets. À Paris, dans la rue, je vois du laiteron par exemple. Une fois, j’ai vu du persil devant ma banque. Cela aurait été bien que ce soit de l’oseille (rires). Dans la capitale, il y aurait 1 200 espèces environ. J’en mentionne quelques-unes dans mon livre Plantes urbaines (2010).

 

Au final, qu’est-ce qu’une plante, pour vous ?

Ce sont des êtres vivants qui me nourrissent. Les plantes me permettent de rester en bonne santé. De me soigner. C’est une réelle communion. Je deviens plante, la plante devient moi. Grâce à elles, je me sens bien dans ma peau.

Et, avec les plantes, j’en apprends au quotidien. Tous les jours, je découvre des choses, et grâce aux observations des autres aussi. C’est sans fin. Pour moi, les plantes, c’est au final un support de réflexion pour arriver à comprendre ce que je fais sur Terre.

Voilà de bonnes questions pour chacun de nous, surtout actuellement. Que faisons-nous sur Terre et quelles sont nos responsabilités ? Il n’est plus possible de continuer à développer la production de ressources pour une population qui croît de façon exponentielle. Alors qu’est-ce qu’on peut faire ? Qu’est-ce qu’on peut lâcher dans notre confort ? Quels sont nos véritables besoins ? Je me pose moi-même cette question… Et je tente d’y apporter des éléments de réponse dans mon dernier livre : Ce que les plantes ont à nous dire, qui vient de paraître aux Éditions Les Liens qui libèrent.

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