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Emeline de Bouver : le confinement révèle l’importance des relations sociales

Émeline De Bouver enseigne la sociologie de la consommation à l'université catholique de Louvain en Belgique. Elle est l’auteure d’un livre sur la simplicité volontaire, intitulé "Moins de biens, plus de liens. La simplicité volontaire un nouvel engagement social". Quels sont les principes de ce mouvement ? Peut-il prendre de l’ampleur en réponse à la crise planétaire que nous traversons ? Entretien.
Par Sandra Coutoux
emeline de bouver plus de liens moins de biens

« une remise en question de nos modes de vie »

Qu’est-ce que la simplicité volontaire ?

La simplicité volontaire est un mouvement qui prolonge aujourd’hui la conscience écologique née dans les années 70. Elle propose à chacun d’évoluer de façon consciente vers une existence matérielle simplifiée et désencombrée. Dans mon ouvrage, j’évoque le sujet à travers le prisme de témoignages recueillis au sein du mouvement belge de la simplicité volontaire. Les personnes qui ont choisi de suivre cette voie ont en commun une forme de mal-être ou un sentiment de décalage avec la société de surconsommation. Elles s’interrogent sur la place dans leur vie quotidienne de ce qui est vraiment essentiel, pour elles : de quoi est rempli leur temps ? Leur espace ? Quelle place pour ce qui leur importe le plus ?

Le titre de votre livre est Plus de liens, moins de biens.  La consommation nous couperait forcément des autres ?

La période de confinement révèle l’importance des relations sociales. Être privé de liens humains directs est une épreuve pour beaucoup d’entre nous. Mais en temps normal, entre un rythme de travail effréné et la surconsommation, on peut être en manque de ces liens si essentiels. Le sens de ce slogan du mouvement de la simplicité volontaire a pour but de nous interpeller de plusieurs façons. Comment réduire le temps que nous consacrons aux objets pour en consacrer davantage à la relation aux autres, au vivre-ensemble ? Viser le « plus de liens », c’est aussi affirmer que nous sommes reliés les uns aux autres, que la relation à la nature et aux autres est inégalable. Vivre plus simplement, c’est une démarche qui met en lumière tous ces liens qui se créent au quotidien : avec le vendeur, la productrice, la terre et les ressources naturelles, avec tout un système économique. Quels liens est-ce que je veux créer, entretenir ? Quels liens couper ? Comment mieux prendre soin de ces liens ?

La crise que nous traversons peut-elle conduire davantage de personnes vers la simplicité volontaire ?

Ce chemin est plus facile à suivre quand vous n’êtes pas dans la survie. La crise sanitaire révèle avant tout les inégalités de nos sociétés et va sans doute renforcer la précarité et la charge mentale de certaines catégories de la population qui vont être touchées de plein fouet par les conséquences économiques d’un confinement prolongé. Le confinement peut être une période de remise en question de nos modes de vie pour certains et un basculement vers la précarité vers d’autres. La simplicité volontaire doit rester un choix conscient. Le choix de vivre une vie plus légère, mais néanmoins digne.

Pour aller plus loin  : Dans quelles conditions l’écologie individuelle était-elle émancipatrice ?

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