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Ecocide : pourquoi il faut protéger la nature

Pillages des ressources, déforestation, atteinte à la biodiversité... Les dégâts de certains projets industriels sur la nature sont visibles, mais il existe encore peu de recours juridiques efficaces pour protéger la nature. Dans son livre "Devenir gardiens de la Nature" (Tana), Marine Calmet, juriste en droit de l'environnement et présidente de l'association Wild legal, milite pour la reconnaissance du crime d'écocide. Entretien.
Par Sandra Coutoux
Amazonie
picto_1 Crédit : Sébastien Goldberg / Unsplash

 Protéger la nature à un moment charnière de l’humanité

Quel est le message de ce livre ?

Marine Calmet : L’ambition était de partager un récit de terrain, pour témoigner de mon engagement en particulier en Guyane, où le projet d’exploitation de mine d’or, la Montagne d’or, est une menace pour l’équilibre des écosystèmes. Le combat des militants et des autochtones a pour but de protéger la nature à un moment charnière de l’humanité. Les limites qui pèsent sur nos ressources, le réchauffement climatique, et son impact sur le vivant ne peuvent plus être ignorés aujourd’hui. C’est pour cela que je milite en faveur de la création d’un crime d’écocide. Malheureusement, les freins à cette avancée sont nombreux à la fois dans le gouvernement et au sein du monde économique. La reconnaissance d’un vrai droit de la nature bouleverserait une certaine vision du monde centré sur l’exploitation des ressources naturelles au service du profit.

La convention citoyenne pour le climat s’est prononcée en faveur du crime d’écocide, mais, dans le projet de loi présenté par le gouvernement, il n’est question que de « délit »…

L’expérience de la convention citoyenne pour le climat démontre que des citoyens bien informés sont capables de proposer une mesure ambitieuse. Malheureusement, le gouvernement a reculé sur ce point en privilégiant un simple délit d’écocide, sous la pression du Medef. Il y a une grande incohérence au niveau de la communication gouvernementale, d’un côté la France milite pour que l’écocide soit reconnu au niveau international, mais refuse de lui donner une existence légale sur son territoire. Une telle position affaiblit les ONG qui se battent au niveau international pour faire reconnaître des droits à la nature et protéger le vivant de l’avidité des grandes entreprises ou des États.

Le crime d’écocide permettrait de poursuivre des entreprises polluantes devant une cour pénale internationale. Le délit d’écocide sanctionne la pollution délibérée. En réalité, ce débat est un problème de société. Jusqu’à quand allons-nous laisser la course au profit impacter la planète, à l’heure où le climat se dérègle en raison des activités humaines ?

Pourtant, le gouvernement a annoncé l’abandon du projet Montagne d’or ?

Aujourd’hui, malgré les annonces du gouvernement, le projet n’est pas abandonné en Guyane, dans la mesure où la justice a autorisé le prolongement de la concession minière à l’entreprise canadienne Columbus Gold, et que l’État ne s’est pas défendu pour qu’il en soit autrement. Entre les effets de communication et le terrain, il y a un gouffre. Nous savons que les élus locaux souhaitent ce projet. Au nom de l’emploi, ils sont prêts à accepter de déforester leur territoire, de détruire des espèces. L’extraction de l’or nécessite des milliers de tonnes d’explosifs et de cyanure et 195 millions de litres de fuel durant les 12 années de vie du projet.

Jusqu'à quand allons-nous laisser la course au profit impacter la planète, à l'heure où le climat se dérègle en raison des activités humaines ?

Le rapport Deloitte avait pourtant proposé d’autres pistes basées sur le développement durable pour aider la Guyane à sortir du chômage : la permaculture, le soutien à la pêche locale, le développement du tourisme. Le gouvernement n’évoque jamais ces alternatives et cela devrait nous interroger. La Guyane abrite une partie de la forêt amazonienne et représente 50 % de la biodiversité de la France. La priorité est de protéger les ressources naturelles au service de l’intérêt général et non plus au service du profit. C’est pour cela que nous devons apprendre à désobéir pour respecter la jurisprudence du vivant.

 

À lire : Devenir gardiens de la Nature, de Marine Calmet (Tana Editions, 2021).

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