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Déconfinement : comment nos habitudes alimentaires ont évolué

Le Réseau Mixte Technologique (RMT) Alimentation locale, groupement de chercheurs, a publié une étude concernant notre rapport à l'alimentation durant le confinement. Conserverons-nous les habitudes prises durant ces semaines de distanciation sociale ?
Par Philippe Lesaffre
Alimentation en France
picto_1 Crédit : Emy

Comment les Français se sont-ils adaptés au confinement sur le plan alimentaire, les évolutions des habitudes de consommation pourront-elles se maintenir ? Le Réseau Mixte Technologique (RMT) Alimentation locale, qui fédère une trentaine d’organismes de recherche, de développement et de formation sur le secteur, a mené durant la pandémie une étude à propos de la cuisine et des repas, à partir de centaines de témoignages en ligne. On en a parlé avec Anne-Cécile Brit, co-animatrice du RMT Alimentation Locale, et animatrice des Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (Civam) en Bretagne.

 

Vous avez lancé, pendant le confinement, l’étude “Manger au temps du coronavirus”. Pouvez-nous en dire plus ?

Avant le confinement, nous avions en préparation un projet sur la résilience des systèmes alimentaires territoriaux. Lorsque la crise du Covid-19 s’est profilée, nous avons très rapidement compris que cela impacterait les systèmes alimentaires. Nous avions donc envie de capter « à chaud » des témoignages de Français qu’on a récupérés en ligne. L’objectif : partager ces retours et susciter des échanges. À moyen terme, les éléments recueillis vont nous aider à formuler des hypothèses de travail en vue de mettre en place des projets de recherche-action, notamment au sujet de la la résilience alimentaire des territoires.

 

Qui a répondu à vos questionnaires ?

Nous avons reçu environ 700 contributions. Les répondants ont des profils divers. Au début de l’enquête, on a eu de nombreux répondants venant de Bretagne et des environs de Montpellier, où le questionnaire a plus particulièrement été relayé par nos équipes. Nous avons bien sûr des répondants sensibilisés aux circuits courts mais pas uniquement.

Le confinement a provoqué une prise de conscience des vulnérabilités de notre système alimentaire.

Quels sont les enseignements de votre étude ?

On peut tirer deux grands enseignements. D’abord, la très grande importance de l’alimentation en temps de crise dans le quotidien des Français. Et ce, dans toutes ses dimensions : sanitaire, hédonique [la recherche du plaisir, ndlr], sociale, relationnelle, économique… Et, ensuite, la capacité des systèmes alimentaires territorialisés à affronter une crise et satisfaire une demande explosive.

 

Qu’a provoqué le confinement sur notre rapport à l’alimentation ?

Le confinement a provoqué une prise de conscience des vulnérabilités de notre système alimentaire. Les médias ont souligné notamment notre dépendance à la main d’œuvre étrangère, au transport routier massif, aux agriculteurs qui représentent seulement 3 % de la population active… Ce que je trouve finalement positif.

 

Comment les répondants se sont-ils adaptés ?

On a noté une polarisation des modes d’approvisionnement : certains se repliant sur les grandes et moyennes surfaces, d’autres sur le circuit local. L’approvisionnement, qui a forcément évolué durant le confinement, a déterminé les usages alimentaires (et ce n’est pas l’inverse qui s’est produit).

Certains consommateurs se sont engagés dans des AMAP, des associations pour la distribution de paniers ou des groupements d'achat, et ont découvert des systèmes qui les ont séduits.

Et du côté des producteurs ?

On a pu observer une forte créativité pour des innovations tous azimuts avec, comme boussole, la mise en place de solidarités, en particulier de proximité. Les circuits alimentaires dans nos territoires ont su répondre quasi instantanément à une explosion de la demande. La croissance du nombre de clients s’est conjuguée à une forte augmentation du panier moyen. Avec, à la fois, l’intensification de l’activité des dispositifs existants et l’éclosion de nouveaux dispositifs. Ce qui suscite des interrogations sur la prolongation de cette capacité dans l’immédiat, après la crise, compte tenu de la mobilisation des stocks.

 

Pensez-vous que ces évolutions vont se maintenir ou les répondants ont-ils au contraire manifesté leur volonté de revenir à « la vie d’avant » ?

Nous avons finalement peu d’anticipation sur ce qui va se passer dans cette période de déconfinement. Ces points sont notamment abordés dans le bulletin 4 de l’étude. Nous avons collecté quelques interrogations venant de la part des producteurs, à propos des stocks, du maintien de l’engouement pour les circuits courts… Côté consommateurs, certains se sont engagés dans des AMAP, des associations pour la distribution de paniers ou des groupements d’achat, et ont découvert des systèmes qui les ont séduits. Ces derniers souhaitent ainsi maintenir ce mode d’achat. D’autres seront plus volatiles.

Nous publierons un dernier bulletin fin juin pour revenir sur les changements de cette période de déconfinement, un bulletin pour lequel nous recevons encore des témoignages. Nous prévoyons ensuite de rédiger une synthèse de ces bulletins avec un regard chronologique sur les différentes phases.

Le Réseau mixte technologique (RMT) Alimentation locale est co-animé par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et les Civam de Bretagne.

 

 

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