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David Ken : « Le rire peut nous sauver de beaucoup de choses »

Il a fait du rire à la fois un projet artistique et un moyen de rapprocher les gens après la pandémie. Le photographe David Ken immortalise les éclats de rire des soignants et des patients à l’hôpital, dans le cadre du LOL Project.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Pueblo

« Il y a au moins une vingtaine d’hôpitaux en France qui m’ont demandé de venir. Après les vagues de Covid-19, les personnels soignants ont besoin de souffler, et quoi de mieux que le rire pour lâcher-prise », lance David Ken.  En juin 2020, quelques mois après une épidémie inédite qui a laissé infirmiers, médecins et aides-soignants à bout de forces, il a posé son studio photo au Centre hospitalier de Montfermeil-Le Raincy, en Seine-Saint-Denis, dans une chambre de l’ancienne unité COVID à la demande de la responsable communication de l’hôpital Christine Hiaumet. « L’idée était d’apporter une bouffée d’oxygène à tous les personnels soignants et techniques et de célébrer la solidarité par le rire ». Dans le studio photo, médecins, infirmières, agents de sécurité, électriciens, secrétaires ont défilé deux par deux. C’est là que, masqués, puis non masqués, David a saisi des instants de lâcher-prise lumineux.

Des soignantes de l’hôpital du Raincy-Montfermeil. Crédit : David Ken

 

Le photographe a sa méthode pour déclencher les rires. « Ce qui se passe dans le studio entre moi et les participants, c’est toujours une rencontre unique. » Les bienfaits d’une telle expérience ont été durables selon Christine Hiaumet : « Derrière nos masques, nous sommes tous des humains qui partageons la même sensibilité, spontanéité. Cette expérience nous l’a rappelé et a soudé les équipes. »  Aujourd’hui, une mosaïque de fous rires en blouses blanches s’affiche dans le hall d’accueil de l’hôpital. Une bonne dose d’ondes positives qui rassure les patients et fait du bien aux soignants. « C’est un peu un retour à la vie », a lancé l’une des participantes au photographe, à l’inauguration de ce qui est devenu une exposition permanente.

Des défilés de mode au LOL project

Pendant de nombreuses années, David Ken a photographié des mannequins et des stars sur des plages paradisiaques. Il a exercé son art avec succès dans le milieu de la publicité sans toutefois s’y sentir totalement épanoui. Cet univers de strass et de paillettes lui paraît vide de sens, le jour où il prend conscience qu’il gagne cinq fois plus que le salaire annuel de sa mère pour réaliser une publicité. David a été élevé dans une cité en Belgique, et ce décalage lui donne le vertige. Son âme d’artiste a besoin d’autre chose. En 2009, il crée avec son complice William Lafarge le LOL project, un projet bénévole qui fait entrer le rire à l’hôpital d’une manière un peu inédite.

« J’avais envie de photographier des personnes en train de rire, parce qu’il y a une grande beauté dans cet instant de lâcher-prise total. » Les sourires des familles, des patients et des soignants commencent à s’afficher en grand sur les façades de l’hôpital Necker, un hôpital pour enfants à Paris. C’est une rencontre qui va donner un coup d’accélérateur au projet. « Un jour, je reçois un appel d’un PDG d’une grande entreprise. Sa fille est hospitalisée à Necker et fait partie des portraits mis en avant. Il me dit alors qu’il a envie de me soutenir, et me propose de venir réaliser des photos de ses collaborateurs dans son entreprise. J’accepte, mais je lui demande de financer une mission identique dans un hôpital de son choix. Il a adoré l’idée. » Grâce aux entreprises qui soutiennent le LOL project, dans le cadre de leur démarche RSE, les sourires de près de 5000 personnes ont été saisis gratuitement en milieu hospitalier par le photographe. 

Le rire, le chemin le plus direct vers l’autre

« Je ne connais rien de plus beau qu’un rire franc. Impossible d’être dans l’agressivité quand on rit ensemble », souligne David. L’expérience photographique dans le LOL project associe les bienfaits du rire et du jeu qui en permet le déclenchement, mais surtout il crée des liens forts d’humain à humain. David Ken se souvient avec émotion de sa rencontre avec Jonathan, un adolescent atteint d’un cancer, rencontré au sein du service d’oncologie de Garches. « Il est arrivé en me disant qu’il n’avait pas ri depuis 2 ans. Quand il a éclaté de rire dans mon studio, sa mère qui l’accompagnait a éclaté en sanglot au même moment, d’émotion. Jonathan est décédé peu après, mais je suis toujours en contact avec sa mère. » Le LOL project fait du bien, et c’est ce qui importe le plus au photographe qui a à cœur d’apporter du positif dans la vie des autres.

Parfois, les effets sont inattendus, et l’expérience a changé des vies. « Je me souviens de Jacques qui est arrivé dans une session organisée dans mon studio, avec un moral en berne, parce qu’il venait de se faire virer. Il s’est laissé aller quand même et nous avons discuté un moment. Il a ensuite décidé de mettre la photo LOL sur son CV. Il travaillait dans les ressources humaines. Trois mois plus tard il m’a rappelé pour me dire qu’il avait retrouvé un emploi et que l’expérience du projet qui avait fait la différence durant son entretien d’embauche. »

Après une décennie passée dans les hôpitaux, David Ken rêve de 2024 et des JO de Paris. Il aimerait photographier des sportifs de haut-niveau avec des patients ou des soignants, pour montrer que Paris est une ville solidaire et humaine. L’appel est lancé au comité organisateur ! Dans un contexte incertain et fragilisé par la crise sanitaire David Ken veut continuer de croire au LOLproject. « Le rire est un super pouvoir, il peut nous sauver de beaucoup de choses. », conclut-il.

Pour aller plus loin :

https://lolproject.com

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