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Dans les Landes, une ferme pour réinsérer des détenues

La ferme Baudonne, appartenant à l'association Emmaüs, s'apprête à embaucher des détenues pour accompagner leur réinsertion professionnelle après leur incarcération. Sur place, elles produiront des fruits et des légumes biologiques grâce à un aménagement de peine.
Par Philippe Lesaffre
Ferme dans les landes
picto_1 Crédit : Ales Krivec / Unsplash

Sur les terres de Tarnos, une commune située dans le sud des Landes, une ferme agroécologique a récemment été lancée. Tout est prêt, si ce n’est que l’équipe n’est pas encore au complet. Avec l’épidémie du Covid-19, le processus de recrutement a été retardé, surtout que l’établissement ne recherche que des personnes actuellement en… détention. Et plus spécifiquement 12 femmes que le réseau Emmaüs souhaite accompagner pour favoriser leur réinsertion professionnelle au terme de leur incarcération. En raison des conditions sanitaires, il paraissait en effet difficile de se rendre dans des prisons en vue d’effectuer des entretiens d’embauche.

Le réseau Emmaüs, à qui appartient la ferme, entend employer des femmes provenant de l’ensemble du territoire, elles qui ne représentent que 3 % des détenus en France. L’idée, c’est qu’en devenant salariées de la ferme (avec un contrat de 26 h par semaine) aux côtés d’un directeur, d’une accompagnatrice socioprofessionnelle et d’un encadrant maraîcher, elles termineront leur incarcération à Tarnos, soit hors des murs de leur prison, grâce à un « placement en extérieur » validé par un juge d’application des peines.

A la ferme Baudonne

« L’équilibre des personnes passent par l’équilibre de la terre »

« Nous voulons offrir à des personnes désocialisées un véritable sas entre la détention et la remise en liberté totale », précise Gabi Mouesca, le directeur de la ferme Baudonne. Les détenues seront accueillies au sein d’une collectivité, bénéficieront d’une chambre individuelle et travailleront pour cultiver des fruits et des légumes biologiques. « Les équilibres des personnes passent par l’équilibre de la terre », précise-t-il.

Au sein du mouvement Emmaüs, il s’agit de la troisième ferme de ce type. Or, ce projet-là propose de ne former que des détenues, quand les deux autres, à la ferme de Moyembrie (qui a rejoint le réseau Emmaüs en 2009, près de vingt ans après sa création, dans l’Aisne) et Emmaüs Lespinassière (depuis son lancement dans l’Aude en 2018) embauchent des hommes repris de justice.

Des détenues dès la fin de l’année

À Tarnos, la ferme prévoit d’embaucher des détenues pour un contrat d’une durée de six mois à deux ans, au terme duquel elles pourront passer, si elles le souhaitent, le diplôme d’ouvrière maraîchère. Les fruits et légumes produits seront vendus en circuit court. Des occasions pour organiser des rencontres entre le public et les maraîchères, et expliquer le concept. « Ce sera un lieu de vie sans barbelé », ajoute Gabi, en souriant. Lui table sur une embauche d’ici la fin de l’année. « Pour l’heure, on prépare la terre et on la nettoie avec des semences vertes. »

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