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Comment rester écolo sans finir dépressif ?

Dans son livre Comment rester écolo sans finir dépressif, la journaliste Laure Noualhat, également coréalisatrice, avec Cyril Dion, du documentaire Après-Demain, s'attaque au sentiment d'impuissance qui gagne les citoyens, les militants et les scientifiques face à l'urgence écologique. Elle explore surtout les solutions pour transformer "l'éco-anxiété" en puissance d'action.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : Joséphine Baran

« Depuis bientôt vingt ans, j’ai le nez dans l’écologie, j’ai vu les choses empirer, pas lentement, mais très sûrement« , écrit Laure Noualhat, en préambule. Journaliste environnement à Libération, elle a écrit pas moins de 1 500 articles qui témoignent d’une accélération du réchauffement climatique au fil des ans. Laure Noualhat est bien informée. Tellement bien informée que face à l’effondrement du vivant et à l’impact du changement climatique sur nos vies futures, elle ne cache pas sa colère, ses doutes et sa tristesse.  Dans ce livre-enquête, elle a recueilli les témoignages de ceux qui nagent depuis un bon moment dans les chiffres et les courbes : des scientifiques, et des observateurs, des militants écolos mais aussi des acteurs du changement. « J’ai aussi questionné des écopsychologues et des psychanalystes pour comprendre l’impact du changement climatique sur notre santé mentale », explique-t-elle.

L’éco-anxiété, le nouveau « mal de Terre » ?

L’éco-anxiété, la dépression climatique, la solastalgie, le burn out écolo… Ces formules commencent à émerger dans les médias, alors que l’imminence d’un effondrement des écosystèmes fait craindre à certains la fin de la civilisation humaine. Charline Schmerber est psychothérapeute experte de l’éco-anxiété. Dans son mémoire clinique intitulé Soutenir la vie quand tout s’effondre, elle détaille le profil de ces éco-anxieux. « Ce qui les relie, c’est une sensibilité plus forte que la moyenne, et une conscience accrue que le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui est malade« , explique-t-elle. Si l’éco-anxiété n’est pas répertoriée dans la classification internationale des maladies de l’OMS, ses symptômes s’expriment malgré tout par un mal-être, des angoisses, et une forme de dépression. « Les écoflippés ressentent énormément de colère, de tristesse, d’abattement, d’impuissance, de honte parfois« , précise laure Noualhat.

Sortir de la solitude

Les rencontres autour de l’écologie explosent depuis quelques années. Livres, festivals, universités d’été, conférences, groupes d’intérêt sur les réseaux sociaux… La famille écologie s’élargit à mesure des prises de conscience des uns et des autres. Comment prendre de la distance sans tomber dans l’indifférence ? Comment prendre soin de sa lucidité, sans tomber dans un pessimisme obscur ? Autant de questions que l’auteure cherche à résoudre en interrogeant ceux qui luttent depuis longtemps, comme le réalisateur Cyril Dion qui a trouvé cette façon de résister au spleen des écolos : « C’est très important d’avoir des amis non écolos, de parler d’autre chose, de conserver d’autres espaces de rencontres qui ne soient pas axés uniquement là-dessus et de faire des choses toutes simples qui font plaisir. Il ne faut pas se laisser dévorer par ça. »

Apprendre à faire le deuil du monde d’avant

Le psychothérapeute américain Francis Weller, qui travaille depuis plus de trente-cinq, sur la question du deuil, explique qu’il y a cinq deuils à traverser, dans nos vies. Face à l’effondrement en cours, c’est le deuil d’un certain mode de vie qui apparaît comme nécessaire. « L’individu s’aperçoit que tout ce en quoi il avait cru s’effondre du fait de croyances et d’une vision du monde inadaptées à ce qu’est l’être humain« , précise Laure Noualhat. Et ce n’est pas rien. Heureusement, loin d’être fataliste, le livre offre des solutions pour accompagner cette grande transition intérieure. Un deuil nécessaire pour trouver la créativité nécessaire à l’invention du monde d’après.

Ne manquez pas notre facebook live sur l’éco-anxiété mardi 9 juin 2020, à 18 h avec Laure Noualhat, jounaliste,  Charline Schmerber, psychothérapeute experte de l’éco-anxiété, et Justine Davasse, créatrice du blog mouvementszero. Inscrivez-vous gratuitement à l’événement ici. 

À lire : Comment rester écolo sans finir dépressif, de Laure Noualhat, Tana Editions.