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Nathalie Achard : « Mieux communiquer peut nous aider à changer le monde »

ENTRETIEN - Les militants écologistes ont beau communiquer depuis des décennies sur la crise climatique, ils sont nombreux à désespérer de ne pas être entendus ! Et s'il était temps de sortir des injonctions culpabilisantes pour entrer dans l'ère de la coopération inspirante ? Dans son livre "La Communication non violente à l'usage de ceux qui veulent changer le monde", Nathalie Achard, ancienne directrice de la communication du Mouvement Colibris et de l'ONG SOS MEDITERRANEE, nous propose de nous changer nous-mêmes pour mieux changer le monde.
Par Sandra Coutoux
picto_1 La communication non violente à l'usage de ceux qui veulent changer le monde, de Nathalie Achard, Editions Marabout, 17, 90 euros

Comment est née l’idée de ce livre ?

Je viens du milieu de l’engagement citoyen, et j’ai expérimenté les énergies de la colère, de l’indignation et de l’impuissance face à l’urgence des enjeux sociaux et environnementaux. Il y a 6 ans, je participais à une réunion projet chez Greenpeace et j’ai entendu : « Cela fait 40 ans que l’on répète la même chose. Les experts, les faits scientifiques nous donnent raison, mais personne ne nous écoute. » Cette phrase a eu l’effet d’une bombe dans ma tête. Je me suis dit qu’il y avait un problème de communication très profond et j’ai voulu comprendre d’où il venait. À la même période, j’ai commencé à m’intéresser à la communication non violente créée par le docteur en psychologie américain Marshall Rosenberg. C’est un processus qui facilite la coopération et permet de résoudre des conflits. Il nous offre des clés pour dialoguer. Ces travaux ont éclairé ma réflexion personnelle d’une lumière nouvelle.

 

Quelle est selon vous la clé pour mobiliser davantage de citoyens ?

On ne crée pas de l’engagement en culpabilisant, en stigmatisant ou en imposant sa vision du monde. Je crois qu’il faut sortir des postures qui opposent au lieu de rassembler. Une vision « binaire » du monde basée sur une opposition entre le vrai et le faux, le mal et le bien, le pour et le contre, rend le terrain de la communication aride et improductif. Aucune créativité ne peut émerger dans un tel contexte. Chacun croit détenir une vérité et souhaite l’imposer à autre, ce duel finit toujours par la soumission ou la rébellion. Pour créer de la coopération, il faut d’abord réussir à se comprendre. Cela commence par le fait d’accueillir l’opinion de l’autre sans la juger. Écouter sans juger, ce n’est pas être d’accord, c’est juste ouvrir un espace à l’autre pour mieux le rencontrer. Selon Marshall Rosenberg, la violence, quelle que soit sa forme, est une expression tragique de nos besoins insatisfaits. Écouter les besoins est la première étape avant de trouver des stratégies pour les satisfaire.

 

Comment avancer ensemble malgré nos différences ?

Pour avancer ensemble, nous avons besoin de prendre la responsabilité de nos actes et de co-construire des solutions. La transformation de nos habitudes de vie peut se faire dans la joie. La première étape consiste à nous observer pour comprendre que nos comportements sont issus de conditionnements. Mettre de la conscience sur ces automatismes permet de sortir de la culpabilité ou la victimisation. Il y a plusieurs manière de changer, c’est-à-dire d’avoir un impact positif sur notre environnement. Nous sommes des êtres de récit, nous avons le pouvoir de créer une histoire commune. Je suis persuadée que c’est par sa capacité à coopérer que l’homme pourra perdurer. La communication non violente est un outil pour identifier nos besoins et les exprimer sans juger.

 

La communication non violente à l’usage de ceux qui veulent changer le monde, de Nathalie Achard, Editions Marabout, 17, 90 euros

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