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Comment ils aident les animaux de compagnie des SDF

En 2009, Yohann Sévère a lancé Gamelles pleines à Caen. 12 ans plus tard, l’association est présente dans 12 villes de France pour aider les fidèles compagnons des sans-abri et accompagner leur réinsertion sociale.
Par Philippe Lesaffre
Chien
picto_1 Crédit : Sara Kurfeß / Unsplash

300 bénévoles sont répartis en France pour venir en aide aux animaux des SDF. En grande majorité, des chiens. « L’animal est la première source d’humanité », explique Yohann Sévère, fondateur de l’asso des Gamelles pleines.

« La relation homme-animal est capitale »

Vous avez fondé votre association il y a 12 ans. Pour quelles raisons ?

J’ai participé à une maraude pour des SDF. Et, très vite, j’ai pu constater la présence de nombreux animaux de compagnie. Souvent, les maîtres se privent de nourriture pour donner à leurs compagnons de route. Ce n’est pas normal et cela peut même créer des situations de conflits.

J’ai alors proposé d’apporter des gamelles et de les remplir, d’où le nom de l’association donné par la suite. Gamelles Pleines a pour objectif d’accompagner la réinsertion sociale de ces personnes à la rue. Ce jour-là, j’ai ouvert une boîte de pandore. Les besoins sont nombreux : matériels, nourriture, soins, garderie, éducation… Les soins vétérinaires peuvent être coûteux, mais ils deviennent inabordables en cas de grande précarité.

L’animal, c’est ce qu’il y a de plus précieux pour ces sans-abri. Et il leur est difficile de les voir souffrir, faute de pouvoir les soigner. Venir en aide aux chiens, c’est donc avant toute chose soutenir les maîtresses et les maîtres.

L’objectif de l’association, c’est la réinsertion des SDF. Pouvez-vous en dire plus ?

Les maraudes et les distributions sont les faces visibles de l’iceberg. Notre leitmotiv, c’est quatre pattes pour se relever. C’est un travail sur le long terme, il faut être patient, rester à l’écoute, répondre aux besoins individuels en ce qui concerne la relation homme-animal. Elle est capitale, il faut la sauvegarder, coûte que coûte.

On tente de leur rendre la vie plus facile et on essaye d’obtenir ensemble des résultats durables. On fait en sorte que les personnes avancent par elles-mêmes. L’idée : qu’elles aient envie d’aller mieux et de s’en sortir, de chercher des logements, du boulot, d’entamer les soins nécessaires… Cela peut prendre plusieurs années.

Notre action a également un fort impact public comme, par exemple, avec les soins vétérinaires. Les vaccins permettant d’éviter le développement d’épidémies comme il y en a eu une, tout récemment à Montpellier. 20 chiens ont été touchés, et 5 en sont morts. Les chiens peuvent tomber malade, se blesser, et il faut les soigner parfois en urgence, car il en va également de la relation entre une personne et son animal.

Certains tentent de sauver des oiseaux à l’instar de pigeons ou de mouettes

Quels animaux possèdent-ils ? Pas que des chiens ?

Les chiens sont majoritaires, car ils reflètent une relation fidèle et affective avec l’être humain. Mais on voit également des chats. Le félin reste quant à lui plus fidèle à un lieu. Souvent les personnes qu’on accompagne nous disent qu’elles ont été adoptées par des chats sauvages, là où elles ont élu leur domicile de fortune. Ainsi, ils veulent les nourrir en retour.

On voit parfois d’autres espèces, plus rares, comme des souris, des rats ou des furets. Aussi, certains tentent de sauver des oiseaux à l’instar de pigeons ou de mouettes. Et il faut s’adapter ! Je pense par exemple à Guy, un homme qui a croisé fortuitement le chemin d’un oiseau à l’aile cassée, et l’a pris sous son aile. Le combat de la mouette, c’était au final un peu le sien. Il avait un cancer, et, hélas, la mouette lui a survécu.

Comment se rencontrent-ils en général ?

Certaines personnes ont quitté leur domicile avec leurs chiens. Ils perdent un logement, mais gardent leur animal. Certains dorment dans leur voiture, en compagnie de leur chien ou leur chat.

Mais ce n’est pas le seul cas de figure. D’autres vont adopter, par exemple, un chiot d’un camarade de rue, qui lui confie contre bons soins. Cela scelle des amitiés.

« On sensibilise, on informe et on participe »

Adoptent-ils aussi des animaux laissés à l’abandon ?

Tout à fait. Certains propriétaires se débarrassent sournoisement de leur animal de compagnie en le confiant à un SDF, en lui demandant si celui-ci peut le garder quelques minutes. « Je fais une course et je reviens », disent-ils. Sauf qu’ils ne reviennent pas. Ils savent bien qu’une personne qui connaît si bien le sentiment d’abandon ne se détournera jamais de l’animal.

Parfois, c’est une rencontre fortuite. Certains tombent sur un animal laissé à l’abandon, accroché à une poubelle. Ils ne le choisissent pas, mais ils vont le garder par solidarité. Ils savent ce que c’est que d’être rejeté par la société. « On est tous les deux en galère », se disent-ils. Les deux se comprennent, et une relation forte se crée, pour faire face ensemble.

Certains SDF n’ont jamais eu d’animaux de compagnie. Alors on leur donne des pistes pour que cela se passe bien. On sensibilise, on informe et on participe. Parce qu’il y a parfois méconnaissances et maladresses, mais très rarement de réelles maltraitances de la part d’un sans-abri envers son compagnon d’infortune.

Comment gérez-vous les situations de deuil ?

Aider une personne qui a perdu son chien, c’est sûrement la mission la plus difficile. Cela peut aller très loin : cas de désespoir profond, dépression, suicide. C’est un travail de longue haleine qu’il convient de préparer à l’avance. Pour certains, le chien est presqu’un dieu, quasi immortel à leurs yeux, il faut leur faire comprendre que ce n’est pas le cas hélas. C’est dur.

Aussi, cette mission est-elle la plus valorisante, car on sauve véritablement des vies. C’est surtout un travail d’équipe, on est en relation avec les travailleurs sociaux pour éviter qu’ils commettent l’irréparable. On essaye de les voir le plus souvent, avec un café notamment, pour évoquer avec eux les bons souvenir de leur animal de compagnie.

Cela leur fait du bien, même s’il ne faut pas se leurrer. Parfois, malgré les efforts fournis, on reste impuissants et les SDF décident… de rejoindre leur compagnon. Ce sont malheureusement des histoires d’amour shakespeariennes.

La crise est un terreau fertile pour la misère

Pour qu’ils puissent rebondir, leur proposez-vous d’adopter d’autres chiens ?

Nous ne leur proposons pas, cela vient naturellement d’eux-mêmes. Un nouveau compagnon peut effectivement les aider à créer un substitut affectif ou détourner leur chagrin, mais c’est avant tout pour créer une nouvelle histoire à deux. Cela ne remplace jamais le chien parti. Il faut le savoir.

Comment est financée l’association ?

99 % de l’association est financée par des fonds privés. Des particuliers nous aident (et bénéficient en retour d’une réduction fiscale à hauteur de 66 % de leur don). Des entreprises nous soutiennent également, notamment des producteurs de croquettes et des distributeurs. Il y a par exemple MaxiZoo, Purina, Virbac, La Normandise, ou le groupe Mars, qui nous ont fourni plus de 30 tonnes de marchandises l’an dernier. Ces entreprises ont compris qu’il était nécessaire d’humaniser la cause animale. L’animal est une grande source d’humanité.

Vos activités ont-elles été impactées par la crise sanitaire ?

La crise est un terreau fertile pour la misère, malheureusement… Le confinement a mis en évidence que certains n’avaient pas de logement. Et parmi eux beaucoup ont des animaux de compagnie, des propriétaires de chiens qui se voient injustement refuser l’accès au centres d’hébergement d’urgence.

Alors que faire ? L’an dernier, lors du premier confinement, on a dû se mobiliser pour faire face au mieux aux demandes émergentes : une association locale s’est ainsi lancée à la Rochelle, pour soutenir les initiatives de la mairie. Gamelles Pleines continue aujourd’hui d’assurer une action nécessaire dans cette ville.

Les conséquences sociales de la crise de la Covid-19 vont sûrement durer longtemps. On le ressent déjà, la précarité est en hausse. Il faudra absorber les nouvelles demandes qui en découlent.

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