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Claire de Mazancourt : « On a tous besoin de se sentir utile »

L’Institut de l’engagement lance, en cette rentrée, une promotion des engagés du Covid-19. L’idée : accompagner des femmes et des hommes qui se sont engagés au plus fort de la crise, et qui aimeraient poursuivre leurs initiatives solidaires.
Par Philippe Lesaffre
picto_1 Crédit : Jacek Dylag / Unsplash

Lancé en 2012, créé et dirigé par Martin Hirsch, l’actuel DG de l’AP-HP, l’Institut de l’engagement a cette volonté de valoriser l’engagement. Quelques mois après le confinement, durant lequel de nombreux Français ont participé à des activités bénévoles, on a interrogé Claire de Mazancourt, la directrice générale de l’Institut de l’Engagement.

« Cet engagement était sans précédent au plus fort de la crise sanitaire »

Pourquoi avoir créé une « promotion des engagés du Covid-19 » avec l’Institut de l’engagement ?

Claire de Mazancourt

La crise liée au Covid-19 a montré l’extraordinaire capacité d’engagement de la population. Des personnes de tous horizons, qui n’étaient pas identifiées comme « en première ligne », se sont mobilisées à côté des professionnels de santé ou en réponse aux besoins créés par cette situation exceptionnelle. Cet engagement était sans précédent ; il s’est surtout révélé indispensable. Cette crise n’aurait pas pu être gérée uniquement par les professionnels de santé. Pour autant, si des centaines de milliers de personnes se sont inscrites sur des plateformes censées favoriser l’engagement, elles sont loin d’avoir toutes été sollicitées. C’est un énorme gâchis. Si certaines entreprises se sont mobilisées et ont mis à disposition leurs outils de production, d’autres n’ont pas su sauter le pas, car elles ne savaient pas comment s’y prendre, quoi proposer, à qui le proposer.

Du côté des établissements de santé, certains ont su accueillir des bénévoles, d’autres pas. Ce n’est pas facile d’accueillir des bénévoles ; il faut savoir comment les encadrer, leur proposer des formations courtes, etc. Enfin, des initiatives ont été prises, il faut aujourd’hui les faire perdurer, les développer, les améliorer, les connecter entre elles. Voilà dans quel contexte la promotion a été imaginée. L’idée est d’accompagner des personnes engagées, et faire perdurer cet engagement et ces initiatives. Il faut trouver des solutions pour faciliter l’engagement valoriser ceux qui se sont engagés. Autrement dit, faire en sorte que ces engagés puissent prolonger cette expérience hors du commun.

Qui sont les personnes que vous voulez suivre et soutenir ?

Nous avons prévu d’accompagner 200 personnes. Les profils des candidats sont très variés, cela va de l’ingénieur au jeune en rupture scolaire. Ils viennent de toutes les régions et ont entre 14 et 61 ans. Par exemple, il y a cette élue municipale qui a fait un groupe Facebook pour mettre en relation les habitants de sa commune et mettre en lumière les offres et les demandes de services. La solidarité locale est nécessaire. C’est aussi ce jeune qui a passé des coups de fil aux personnes âgées pour vérifier qu’elles allaient bien durant le confinement, ou cet ingénieur qui a fait des simulations de flux d’air dans un Ehpad pour voir comment le virus pouvait se propager.

Il faut valoriser l’engagement et montrer la diversité des missions possibles

Qu’allez-vous leur apporter concrètement ?

Ce que nous allons leur apporter dépendra de chaque profil. Nous leur proposerons notamment des cycles de conférences thématisés. Pour construire, mener un projet, le faire grandir, certains auront besoin de conseils de méthodologie, de réseau, de mises en relation avec des professionnels. Nous comptons aussi beaucoup sur la rencontre entre ces profils si divers.

Le suivi durera un an environ. C’est une promotion qu’on va créer en marchant. Nous souhaitons vraiment que les gens aient envie de continuer sur leur lancée, poursuivent leur engagement et leurs initiatives, que l’on soit en période de crise, ou pas.

Pourquoi des jeunes et des moins jeunes s’engagent-ils ?

On demande souvent pourquoi des personnes s’engagent, au lieu de demander pourquoi certains ne le font pas. La réponse est simple : des gens se sont engagés car ils ont pris conscience de l’ampleur des besoins, tout simplement.

Et, alors, pourquoi ne s’engage-t-on pas ? Qu’est-ce qui coince ?

Il y a d’abord les questions matérielles. Comme le manque de temps, que l’on comprend. Il ne faut pas qu’il y ait un jugement de valeur là-dessus. Ensuite, le manque d’information. Si une personne ne sait pas qui contacter, quelles missions prendre, c’est compliqué. Certains aussi s’imaginent qu’ils n’apporteraient rien. Ils se disent qu’ils n’ont pas d’expertise, pas les compétences. Et pourtant, chacun peut apporter quelque chose. Il faut valoriser l’engagement et montrer la diversité des missions possibles. Montrer que chacun peut réellement s’y mettre.

Certains, notamment les jeunes, ont eu une révélation, ils ont réalisé qu’ils étaient capables !

Comment y arriver ?

Il faut essayer de démontrer que chaque personne peut agir à son niveau, d’où qu’elle vienne et où qu’elle soit. L’engagement peut se porter partout, dans le monde associatif, dans l’ESS, mais aussi partout ailleurs. C’est ce que nous essayons de transmettre au sein de l’Institut de l’engagement. Il faut aussi, et c’est indispensable, mettre en place des outils qui permettent d’identifier des besoins de solidarité et faire le lien entre ces besoins et ceux qui veulent s’engager.

Selon vous, qu’apporte un engagement citoyen à la construction d’une personne ?

Cela fait découvrir des besoins, d’autres populations, d’autres secteurs, cela ouvre le regard. Mais c’est aussi une découverte de sa propre capacité à être utile. Certains, notamment les jeunes, ont eu une révélation, ils ont réalisé qu’ils étaient capables ! On leur a dit merci, et, pour certains, c’était la première fois. Je pense que tout le monde a envie et besoin de se sentir utile.

Faut-il des crises de cette ampleur pour que les gens se rendent compte qu’ils peuvent s’entraider davantage ?

C’est sûr que la crise a permis de le démontrer. Mais faudrait-il attendre ce genre de crise ? Bien sûr que non. Les besoins ne manquent pas, même en temps normal.

Cela pose la question de la valorisation de l’engagement : sur un CV, en France, l’engagement bénévole est indiqué tout en bas, comme un accessoire. Les qualités acquises pendant un bénévolat ne sont pas mises en valeur. Le bénévolat inquiète même certains recruteurs qui craignent que le salarié consacre du temps à son engagement au détriment de celui qu’il consacrerait à l’entreprise.

 Pourquoi l’engagement n’est-il pas valorisé ?

Difficile de répondre à cette question, mais c’est typiquement français ! Dans beaucoup d’autres pays, l’engagement est valorisé. La création du service civique a été un grand pas pour développer l’engagement en France. Aujourd’hui, plus d’un jeune sur 10 en fait un.

La promotion des « engagés du Covid-19 » sera dévoilée mi-octobre

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