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Cédric Herrou : « Ici, des jeunes se révèlent, se métamorphosent »

Durant plusieurs années, contre vents et marées, Cédric Herrou est venu en aide aux migrants venus d’Italie. C’est désormais par l’intermédiaire d’Emmaüs Roya, l’association qu’il a créée en juillet 2019, que l’agriculteur le plus connu de la vallée de la Roya prolonge son action. Rencontre avec l’homme qui a fait sortir la solidarité du champ du délit.
Par Olivier Saretta
Cédric Herrou
picto_1 Crédit : Rebecca Marshall

« Ce qui donne envie de continuer : cette vie qu’on mène ensemble »

Gardes à vue, procès, injures : avant que le Conseil constitutionnel rende sa décision* en 2018, votre engagement vous a valu pas mal de problèmes. Comment avez-vous tenu le coup ?

Il faut savoir puiser dans les choses les plus positives que l’on tire de ce type d’expérience. Avant de m’engager, j’étais habitué à vivre seul. De voir la dynamique engendrée par notre action, de voir affluer tous ces bénévoles, de constater à quel point cela pouvait rassembler les gens, c’était formidable. Des jeunes se sont révélés ici, se sont véritablement métamorphosés. Cet engagement leur a fait un bien fou, tout comme aux personnes auxquelles ils venaient en aide. C’est cela qui donne envie de continuer : cette vie qu’on mène ensemble. Tout n’est pas simple évidemment, mais tout n’est pas sombre non plus. De belles choses émergent, comme la création récente d’Emmaüs Roya.

Justement, comment la bascule s’est-elle opérée entre votre action en faveur des migrants et la création de l’association ?

Pendant plus de deux ans, nous avons fait de l’accueil d’urgence, mais aussi de moyen et long terme. Nous avons constaté que certaines personnes, en but à l’absence de perspectives et aux problèmes administratifs, sombraient dans la dépression à mesure que le temps passait sans que rien, véritablement, ne se passe. Nous cherchions un moyen, une structure, pour leur donner une activité. Le documentaire tourné par Michel Toesca, qui nous a suivis durant deux ans, nous a beaucoup aidés.

Nous avions besoin d’un cadre administratif pour pouvoir donner une activité à des gens qui n’y ont pas droit

Dans quelle mesure ?

Grâce à Libre, j’ai pu faire le tour de la France. En voyageant, j’ai été surpris par le nombre d’initiatives en matière d’accueil et de solidarité qui sont mises en place dans tout le pays, c’est énorme. En découvrant le mouvement Emmaüs, dans différentes villes, on s’est dit que ce serait intéressant de le rejoindre et de développer une structure agricole, qui n’existait pas en son sein. Nous le leur avons proposé, et ils ont accepté immédiatement. Ils nous ont super bien accompagnés. Nous avions besoin d’un cadre administratif pour pouvoir donner une activité à des gens qui n’y ont pas droit – un demandeur d’asile ne peut pas travailler – et Emmaüs nous l’a fourni. Dès lors, mon ancienne association, Défends ta citoyenneté (DTC), est devenue Emmaüs Roya.

Comment la communauté fonctionne-t-elle ?

L’accueil étant inconditionnel, nous n’hébergeons plus que des migrants dorénavant. Nous avons un peu de tout : des hommes, des femmes, des demandeurs d’asile, des réfugiés… À titre personnel, j’ai dû « lâcher » mon exploitation agricole pour devenir responsable salarié de la communauté Emmaüs Roya. Nous avons gardé mes clients, et nous avons agrandi l’exploitation pour faire du maraîchage, de l’élevage de poules pondeuses et des oliviers. Cette activité est nécessaire, car les communautés Emmaüs ne touchent pas de subventions, et se doivent d’être autonomes financièrement. Tous les compagnons qui rejoignent l’organisation participent donc à l’activité économique du mouvement, ce qui leur permet d’avoir un logement, une allocation financière, d’être déclarés à l’Urssaf – ce qui signifie qu’ils cotisent. Aujourd’hui, en dehors des deux co-responsables, six compagnons travaillent sur l’exploitation. Étant donné que ce ne sont pas des gens du métier, il faut faire preuve de pédagogie. Nous sommes en quelque sorte devenus un centre de formation.

* Pour la première fois, en juillet 2018, le Conseil constitutionnel a consacré la valeur constitutionnelle du « principe de fraternité ». Dans leur décision, les gardiens de la loi suprême ont donné une force juridique à cette devise républicaine et considéré qu’il en découlait « la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national ».

Sortie de MOUVEMENT UP n°4 – L’entraide, premier antidépresseur en libre-service...

Dans son nouveau numéro, MOUVEMENT UP consacre son dossier à la solidarité. Rencontres avec Thierry Marx, Cédric Herrou, Stéphane de Freitas, Jacques Lecomte, Ilios Kotsou, Julia Montfort et bien d’autres encore.

…En quoi la solidarité est la réponse aux crises

Couverture de Mouvement UP 4Ces derniers mois, un virus a mis en lumière notre capacité spontanée à nous entraider. Ce n’est pas un hasard, comme l’explique dans ce dossier le docteur en psychologie Jacques Lecomte, puisque « l’être humain est biologiquement prédisposé à la bonté ». Fraternité, coopération, altruisme, nous ne mettons pas tous les mêmes valeurs derrière le mot solidarité. Certains y voient une charité bienpensante, d’autres une responsabilité nécessaire. Une chose est sûre, face aux défis écologiques et sociaux qui nous attendent, la solidarité apparaît comme une inestimable ressource du monde d’après.

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