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Cécile Colonna d’Istria, fondatrice de PRODURABLE : “On la fera, cette régénération”

Mouvement UP a interrogé Cécile Colonna d’Istria, fondatrice du salon PRODURABLE, le rendez-vous européen des acteurs et des solutions de l'économie durable, prévu le 15 septembre à Paris.
Par Philippe Lesaffre
picto_1 Crédit : Produrable / Cecile Colonna D'Istria

“Je sentais qu’une révolution autour du développement durable s’annonçait”

Le salon PRODURABLE est né en 2008, pourquoi l’avoir lancé à ce moment-là ?

À l’époque, j’étais commissaire générale et montais des salons BtoB. Une mission que j’occupais depuis 15 ans. Un jour, en 2007, on m’a soufflé l’idée de lancer un événement sur le développement durable. J’ai commencé ainsi à me documenter et me passionner pour le sujet. Cela a dû faire écho à quelque chose en moi. J’ai quitté mon entreprise pour imaginer PRODURABLE de mon côté.

Je souhaitais proposer un cycle solide de conférences et de débats. Je sentais qu’une révolution autour du développement durable s’annonçait pour bientôt, après celle des nouvelles technologies. C’était une conviction profonde, et il s’est avéré que j’étais en avance. Car, à l’époque, le développement durable n’intéressait que peu les entreprises. On comptait sur le doigt d’une main le nombre de dirigeants qui s’engageaient. Les autres commençaient à s’interroger.

Or, pour être certain d’aller vers une réconciliation entre l’économie et l’écologie, il fallait monter un salon. Lors de la première édition, on a accueilli 4 000 visiteurs. Le sujet intéressait. PRODURABLE a rapidement rencontré un succès d’audience et de notoriété, en tout cas, plus vite que l’équilibre économique du salon.

Que retenez-vous des premières éditions et de la suite, 14 ans après le début de cette aventure ?

On a répondu à la soif de comprendre, d’apprendre, à l’enjeu du sens, d’information et de sensibilisation. Au départ, j’ai opté pour une approche par métier au sein de l’entreprise (l’achat, le marketing, le commercial). Puis on s’est focalisés sur l’approche sectorielle, puis sur les enjeux transversaux ; et, depuis 2 ans, on est sur la responsabilité sociétale qui est intégrée à la stratégie de l’entreprise. C’est important, et ces sujets infusent. Le rôle du salon est d’expliquer les enjeux avant de valoriser des solutions, même si elles sont embryonnaires.

À chaque fois, on souhaite se renouveler, ce n’est pas évident. Mais c’est exaltant. Je pars chaque année d’une feuille blanche et reconstruis la maison. On essaye de renouveler le nom des intervenants, des ateliers… On veut donner la parole à des personnes qui ne se sont pas exprimées auparavant, sauf exception. Mon rôle est d’anticiper pour les années à venir.

Pour moi, la prosperité passe par la solidarité et la sobriété.

On est en 2021. Quels sont vos objectifs et vos attentes avec cette édition ?

L’an dernier, on a évoqué la prospérité, et on s’est demandé comment y parvenir. Pour moi, cela passe par la solidarité et la sobriété. La réduction des impacts, on le dit, est prioritaire : il faut faire mieux avec moins ; puis l’adaptation est essentielle.

Au-delà, il y a l’action de régénérer, restaurer. Voilà justement le fil rouge de cette année. Il s’agit de régénérer le vivant (la biodiversité, les écosystèmes, l’eau etc.), les produits et les services (écoconception, réutilisation, anti-gaspillage, circuit court, origine des produits…), mais aussi l’entreprise, la finance, la gouvernance (les processus, les investissements, le temps long, la mission des sociétés etc.), la cohésion sociale (revitaliser les territoires, réindustrialiser, défendre l’emploi…).

Quelles seront les nouveautés lors de cette édition ?

Il y aura toujours de grands temps forts avec des plénières, des tables rondes et des ateliers sous forme d’études de cas pratiques. Parmi les nouveautés, par exemple, nous proposons deux plaidoyers. Le premier à propos de la défense de la nature. On va s’interroger : est-ce une affaire de droit ? La question n’est pas résolue. Personnellement, je n’en suis pas sûre. On fait intervenir une juriste, Marine Calmet, de Wild Legal, qui en est convaincue. Elle présentera les enjeux et donnera son avis. Des intervenants débattront du sujet autour de la journaliste Laure Noualhat. L’autre plaidoyer posera la question suivante : le numérique durable, est-ce une utopie ? On ne veut pas tomber dans l’erreur de dire qu’on pourra faire sans le numérique. Mais quelle est l’approche souhaitable, alors ? Le débat sera animé par Irénée Regnault (Mouton numérique).

Enfin, le vendredi 17, nous clôturerons nos 2 journées par une grande séance de cinéma, au Palais des Congrès, en diffusant, pour la première fois dans une salle française, le documentaire Kiss the ground (Josh et Rebecca Tickell).

Il n’y a pas d’entreprise, de consommateur, de citoyen qui ne se préoccupe pas d’écologie.

On a parlé du « monde d’après » au début de la pandémie dans de nombreux domaines, le voyez-vous arriver ?

Cela ne va jamais assez vite et on le voit avec la publication du 1er volet du dernier rapport du GIEC, on a toutes les raisons d’être impatients. Mais l’accélération est tout de même phénoménale. Il n’y a pas d’entreprise, de consommateur, de citoyen qui ne se préoccupe pas d’écologie, et c’est récent. Il y a quelques années, dans mon cercle amical et social, certains, dans des entreprises, qui m’entendaient parler de mon activité, répondaient que la RSE était plutôt subie, les retours étaient négatifs. Les mêmes, aujourd’hui, quand ils communiquent, n’ont plus la même vision, ils sont presque des militants… L’évolution est positive.

Toutefois, je pense qu’il y aura des choix difficiles à faire au sein des entreprises et, en cas de transformations, certains pourront en pâtir. Cela pourra être douloureux en matière d’emploi en particulier, mais, avec de l’anticipation et de la formation, on la fera, cette… régénération !

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