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Attentats, confinement : comment parler de l’actualité aux enfants ?

Attentats, crise sanitaire qui s'éternise, alors que les enfants reprennent aujourd'hui le chemin de l'école et que les masques deviennent obligatoires dès 6 ans, comment parler de cette actualité chargée avec eux ? Quelques pistes de réflexion avec François Dufour, rédacteur en chef de "Le petit quotidien", le seul journal quotidien d'actualité (publié 6 jours par semaine) destiné aux 6-10 ans.
Par Sandra Coutoux
Expliquer l'actualité aux enfants
picto_1 Crédit : Adam Winger-unsplash

« Je suis rédacteur en chef, pas Walt Disney »

Le petit quotidien, Mon quotidien, L’actu et L’éco.…Quelle est la particularité de vos médias ?

Nos quotidiens sont les seuls médias qui couvrent chaque jour l’actualité pour les 7-17 ans. Tous les autres médias d’info chaude sont pour adultes. D’ailleurs, il est dommage qu’il n’existe pas, dans le service public, un JT pour enfants (plusieurs pays en ont !). Pour couvrir l’actualité, impossible de mentir aux enfants ou de peindre les informations noires en rose. Je suis rédacteur en chef, pas Walt Disney. Aucun sujet d’actualité n’est tabou, sauf s’il n’intéresse pas les enfants. Les enfants et ados ne vivant pas sur une autre planète, je doute que l’assassinat d’un enseignant, par exemple, ou le confinement de la famille ne les intéressent pas.

Comment avez-vous traité la mort de Samuel Paty dans vos médias ?

Une du Petit quotidienDe nombreux enfants de primaire ne savent peut-être pas encore qu’un prof a été assassiné par un terroriste islamiste dans un collège (ce sont des mots qu’ils ne connaissent pas et donc qu’il faudra expliquer). Mais tous l’ont su hier, lundi 2 novembre, avec la minute de silence en classe qui a été organisée dès le CP. Nos trois quotidiens ont fait la Une vendredi 30 octobre sur ce sujet, pour contextualiser la minute de silence. Nous avons choisi de nous adresser aux 6-10 ans en utilisant le mot « tué ». Après l’assassinat du professeur, et après la cérémonie lui rendant hommage, nous lui avons consacré la Une dans les journaux destinés aux ados dans Mon Quotidien (pour les 10–13 ans) et dans L’Actu (pour les 14-17 ans). Le mot décapitation a été utilisé dans ces deux quotidiens. Ma mission n’est pas de montrer la réalité pour choquer, mais de montrer une réalité choquante.

Quels conseils donner aux parents des jeunes enfants face à cette actualité potentiellement anxiogène ?

D’abord, il est normal que des enfants comme des adultes pleurent ou soient tristes quand un événement aussi grave que l’assassinat d’un professeur survient. Il est possible que, lundi, des élèves petits (6 ans, 7 ans, 8 ans) aient entendu le mot « décapitation » et demandé sa signification à l’instituteur, qui a bien dû répondre. Il faut d’ailleurs savoir que la Révolution, et donc la décapitation du roi Louis XVI, guillotiné, n’est au programme qu’en CM1, à partir de 9 ans. Si vos enfants vous posent des questions, il faut, à mon sens, simplement bien les écouter et répondre avec des mots simples. Il est aussi très important de s’assurer que vos réponses ont été bien comprises.