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Alexandre Boisson : « L’autonomie alimentaire est un enjeu de sécurité publique »

Le forum national des ruralités engagées se tient dans la Drôme le mardi 29 septembre, et porte sur l’économie sociale et solidaire (ESS) et l’innovation sociale comme leviers de développement des territoires ruraux. Mais qu'en est-il de l'autonomie alimentaire ? Si le sujet a été mis en lumière durant le confinement, Alexandre Boisson, cofondateur de l'association SOS Maires, dédiée à la résilience des communes rurales, regrette qu'il ne figure plus vraiment au rang des priorités des élus locaux.
Par Sandra Coutoux
picto_1 Crédit : zanda photography-unsplash

« En cas de crise, une difficulté d’accès aux ressources alimentaires peut engendrer des troubles à l’ordre public »

Pourquoi  la question de la résilience et l’autonomie rurale vous apparaît comme cruciale aujourd’hui ?

Parce que nos sociétés sont vulnérables. Nous avons le sentiment que le monde tel que nous le connaissons ne peut pas s’effondrer, mais en vérité, nous ne sommes pas à l’abri, dans le futur, de situations où nous serions en rupture de médicaments, d’eau ou d’alimentation. Durant le confinement, il y a eu un vrai engouement pour les producteurs locaux, mais pas assez fort pour relancer l’idée de l’autonomie alimentaire des zones rurales. Elle me semble pourtant essentielle car, en cas de crise, une difficulté d’accès aux ressources alimentaires peut engendrer des troubles à l’ordre public. Les maires seront demain en première ligne si les transporteurs ne livrent plus les supermarchés, faute de carburant, ou qu’une panne d’électricité bloque les communications. Il nous semble important d’anticiper ces scénarios qui relèvent peut-être, pour certains encore, de la science-fiction, mais qui, au vu de l’accélération du changement climatique, ne sont pas absurdes.

Comment mettre en place cette fameuse autonomie alimentaire à l’échelle du territoire ?

Certaines communes sont pionnières en France sur ce sujet. Le village d’Ungersheim dans le Haut-Rhin, par exemple, tend vers l’autonomie énergétique (grâce à plusieurs installations photovoltaïques) et l’autosuffisance alimentaire (les maraîchers de la ville produisent de quoi nourrir la population de 2 400 habitants). Le maire a mis en place aussi une monnaie locale, le radis, pour favoriser les échanges en circuit court. Cette démarche de résilience exemplaire est cependant encore trop rare. Les élus se concentrent sur des choix à court terme : refaire la voirie, améliorer la sécurité, sans vraiment développer une vision de leur territoire à la lumière des enjeux du changement climatique. SOS maires existe pour sensibiliser les maires à ces sujets, certains sont à l’écoute, mais les changements sont freinés par une force d’inertie, le déni, ou une absence de conscience de l’urgence écologique.

Quelles seraient les premières mesures à prendre selon vous ?

Le maire peut décider de mettre un terrain communal au service de l’autonomie alimentaire en créant un potager municipal pour fournir les cantines scolaires, les maisons de retraite et partager les récoltes entre les habitants. Grâce à la permaculture, il est possible d’obtenir de bons résultats en une année. Il est urgent aussi d’arrêter l’artificialisation des sols, pour garder des terrains cultivables et, surtout, pour préserver la qualité des sols qui s’appauvrit d’année en année. Par ailleurs, les citoyens ont leur rôle à jouer et peuvent interpeller leurs maires pour les inciter à préparer la résilience à l’échelle de la commune. Les maires sont responsables de la sécurité de leurs administrés. A mes yeux, l’enjeu de l’autonomie énergétique et alimentaire est plus qu’un enjeu écologique, c’est aujourd’hui un enjeu de sécurité publique.

Pour aller plus loin : https://sosmaires.org/articles/responsabilite/